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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 06:41
Livre du marquis de Flers paru en 1891, E. Dentu éditeur, Librairie de la Société des gens de lettres.
Ceci n'est que le dixième chapitre d'une série de douze.

LE ROI LOUIS-PHILIPPE
VIE ANECDOTIQUE
1773-1850

par le Marquis de Flers
 

CHAPITRE X 

La charité et la munificence du Roi (1830-1848). - Ses dépenses personnelles. - Ses dettes. - Les bienfaits du Roi envers les Bonaparte. - Le collier de la Reine Hortense. - L'é­chauffourée de Strasbourg (1836). - Clémence du Roi envers Louis-Napoléon, auquel il fait donner 16 000 francs. - L'é­chauffourée de Boulogne (1840). - Évasion du fort de Ham. - L'amnistie de 1837. - Lettre du Roi sur l'amnistie. - Mort du Duc d'Orléans (1842). - Ce que fut le Gouvernement de Juillet. - Quelle fut sa faute ? - Les attentats contre le Roi. - La Révolution du 24 février 1848. - La vérité sur le dé­part du Roi Louis-Philippe, le 24 février.

 

Nous avons montré Louis-Philippe dans sa vie privée, accessible à tous, chef d'État aimant la paix, encourageant les lettres et les arts, enfin, ouvrant à la France une ère de prospérité réelle. Nous voulons raconter encore quelques traits de ce Roi trop méconnu, qui fut toujours simple, affable, bon, et, en même temps, fin politique.

Pour préciser davantage, nous rappellerons que les actes de la charité et de la munificence royale, de 1830 à 1848, s'élevèrent à la somme totale de 42 millions 850 000 francs. Un détail assez curieux : le Roi appliquait chaque année à sa dépense purement personnelle, une somme de 10 000 francs au plus, et il ne voulut jamais que le trésor public dépensât rien pour les Princes, ses fils, dans leurs commandements ou dans leurs missions.

En résumé, a écrit, avec preuves à l’appui, M. de Montalivet, ce Roi accusé d'être avare, était usufruitier d'une portion du domaine de l’Etat, et l'a entretenu avec plus de soin et à plus grands frais que ne le fit l'État après 1848. Ce roi qu’on a dit être cupide, affecta à des améliorations, à des dons de toute espèce, une somme 110 millions environ, dont l'emploi, sans contrôle, appartenait tout entier à son libre arbitre, à sa volonté absolue. En 1848, les ennemis les plus acharnés du gouvernement tombé constatèrent, avec autant d'étonnement que de dépit, que les dépenses de toute la liste civile, pendant le règne, avaient excédé les recettes de 55 millions 36 611 francs. Par conséquent, ce pauvre Roi, accusé d’économiser, dépensa en trop, chaque année, 3 millions 14 835 francs, qui avaient été payés sur sa fortune personnelle.

Un adroit ennemi du Roi et du gouvernement de Juillet, M. de Cormenin, répandit à profusion, pendant bien des années, des brochures où chaque ligne est un mensonge. Il reprochait au Roi une sordide avarice, et l'accusait de placer ses économies à l'étranger. Parlant sans contradicteur aux classes populaires, il espérait lui nuire, et dé­truire sa grande popularité. Pendant les pre­mières années du règne, ce pamphlétaire, dont l'histoire a depuis longtemps fait justice, insi­nuait que le Roi plaçait ses économies à l'étran­ger, et enfin, en 1837, il avait l'audace d'inventer le chiffre imaginaire de 97 millions et demi éco­nomisés à son profit : « Tout cet argent, disait-il, est encoffré dans des tonnes, en bons écus, parfaitement ronds, bien sonnants et bien pe­sants »… Certes, nous admettons des adver­saires politiques qui attaquent loyalement un souverain ou un gouvernement. Mais comment faut-il juger des affirmations aussi perfides et aussi mensongères ?... Le gouvernement pro­visoire républicain de 1848 eut entre les mains toute la comptabilité de la liste civile et du do­maine privé, et M. Vavin, le liquidateur, loin d'admettre les calomnies de M. de Cormenin, constata, non sans surprise, que le Roi avait volontairement fait don à l'État de 48 millions et demi, tous dépensés pour la splendeur de la France.

Montrerai-je maintenant la clémence de Louis-­Philippe envers ses ennemis les plus avérés ? Au commencement de son règne, vers 1832, la mère de celui qui devait être Napoléon III, la Reine Hortense, eut recours plusieurs fois à lui, non seulement pour se rendre en France, dont elle était bannie, mais pour obtenir d’y être accompagnée par son fils Louis-Napoléon. A l’insu des ministres, le Roi avait accordé l’autorisation de traverser la France. La Princesse, dans une audience demandée pour lui faire ses remerciements, le pria d'excuser son fils qui, retenu par une indisposition, n'avait pu l’accompagner.Non seulement celui-ci n'était pas malade, mais il était en conférences avec des républicains et cherchait, avec eux, les moyens de renverser le gouvernement ! A ce procédé inqualifiable, Louis-Philippe répondit par un nouvel acte de générosité. La Reine Hortense, pressée par des besoins  d'argent, le fit prier de vouloir bien lui acheter un magnifique collier de saphirs et diamants qu'elle possédait. Elle souhaitait le vendre 400 000 francs environ. M. Bapst, joaillier de la couronne, l’estima 350 000 francs environ. Louis-Philippe fit remettre 700 000 francs, sur sa cassette (1), à la mère de Louis-Napoléon Bonaparte.

Quelque temps après, Louis-Napoléon cherchait vainement à soulever la garnison de Strasbourg. Arrêté immédiatement, il aurait pu être traduit en Conseil de guerre et fusillé. A ceux qui auraient voulu invoquer le nom de Napoléon, il aurait suffi de rappeler l'épouvantable assassinat du duc d'Enghien, exécuté dans les fossés de Vincennes, le 19 mars 1804, alors que Ie gouver­nement de Bonaparte avait en mains les preuves évidentes de sa complète innocence. Mais les pro­cédés sanglants et arbitraires du Consulat n'é­taient pas ceux du Gouvernement de Juillet : la Reine Hortense accourut à Paris, implorant l'in­dulgence du Roi pour son fils, coupable seule­ment (disait-elle dans ses illusions) d'une étour­derie de jeunesse. Louis-Philippe lui assura d'a­bord que la vie de son fils ne courait aucun danger, et mit le comble à sa bonté, non seule­ment en ne l'emprisonnant pas, mais en le faisant embarquer pour l'Amérique. A Paris, où Louis-Napoléon fut conduit, il apprit du préfet de police la faveur dont il était l'objet. Il écrivit aussitôt au Roi pour le remercier, et recom­mander à la clémence royale ses amis arrêtés avec lui. Le 21 novembre 1836, comme il allait s’embarquer sur la frégate l’Andromède, le sous­-préfet, M. Villemain, lui demanda, par ordre du gouvernement, s'il avait assez d'argent pour faire face à ses premiers besoins en Amérique. Sur sa réponse négative, le sous-préfet lui remit, de la part du Roi, une somme de seize mille francs en or.

Quatre ans plus tard, le 6 août 1840, Louis-­Napoléon débarquait sur la plage de Boulogne-­sur-Mer, à la tête de quelques amis, pour ren­verser le gouvernement. Ni les habitants, ni l'armée n'avaient été séduits par ce prétendant, qui arrivait avec un aigle apprivoisé sur le poingt ! Louis-Napoléon, se sentant perdu, crut, en tirant un coup de pistolet sur un pauvre grenadier qui fut cruellement blessé, réchauffer le zèle de ses partisans. Son illusion fut de courte durée, et il essaya vainement de regagner son bateau. La chaloupe chavira, et le prétendant, tout trempé, fut retiré de la mer et conduit en prison. Les gardes nationaux, en le poursuivant, tuèrent un des conspirateurs. Ce sang, inutilement versé, assombrit d'une teinte tragique un dénouement qui aurait dû appartenir exclusivement au domaine burlesque. Telle fut, en réalité, l'échauffourée de Boulogne, qui, quoiqu'en aient dit certains journalistes, n'eut aucune importance et aucune influence sur les événements ultérieurs.

Le Gouvernement n'eut garde de rendre une seconde fois la liberté au prince Louis-Napoléon, et Louis-Philippe laissa la justice suivre son cours. Le procès des accusés de Boulogne eut lieu au milieu de l'indifférence publique, et Louis-Napoléon fut condamné à un emprisonnement perpétuel dans une forteresse du royaume.

Renfermé au fort de Ham, il expia, selon son  expression, par un emprisonnement de six années, « sa témérité contre les lois de son pays ». Grâce à la complicité de son ami, le docteur Conneau, et d’un maçon nommé Badinguet, dont il prit les habits, il s'échappa de Ham, et put gagner l'Angleterre. Il ne devait en revenir qu'en 1848, pour se faire nommer Président de la Ré­publique.

Nous pourrions citer encore bien des traits de bonté du Roi Louis-Philippe, envers d'autres membres de la famille Bonaparte, qui, pressés par des besoins d'argent, eurent recours à la générosité royale (2) ; nous nous arrêterons ici, et avec M. de Montalivet, nous ferons remarquer seu­lement que « par un privilège unique peut-être dans l'histoire, la Providence faisait du Roi Louis-­Philippe le protecteur des familles princières au nom desquelles d'implacables factions s'efforçaient incessamment de le perdre dans l'opinion du pays ».

N'oublions pas cependant de parler d'un acte dû à l'initiative personnelle du Roi, acte qui causa une vive satisfaction dans toute la France. Le 8 mai 1837, à l'occasion du mariage du Prince Royal, le Duc d'Orléans, avec la Princesse Hélène de Mecklembourg-Schwérin, parut l'ordonnance royale de l'amnistie, pleine et entière, pour tous les délits et crimes politiques. Toutes les prisons s'ouvrirent, les fautes, les crimes même furent pardonnés, et la joie fut générale.

Madame Adélaïde était alors à Bruxelles. Voici dans quels termes le Roi faisait part à cette sœur dévouée, à cette amie si fidèle, de la grande mesure qu'il venait de prendre.

 

Lundi soir, 8 mai 1837, 11 h ½ du soir.

 

Tout est arrangé, ma chère bonne amie, et je m’empresse de te l'annoncer en descendant du Conseil… J'ai signé l'ordonnance d'amnistie pleine et entière à tous les condamnés politiques, par jugement définitif, actuellement détenus, et la peine de Boirot et de Meunier (3), qui ne sont pas politiques, est commuée en dix ans de bannissement. Elle sera demain dans le Moniteur, que tu recevras en même temps que cette lettre. Cette séance du Conseil a été remarquable. J'avais fait venir Pasquier et Dupin, non pas au Conseil, mais dans le salon bleu, où les débats ont été très éloquents ; Pasquier et Dupin ont été admirables, et finalement l’affaire est faite. Demain, au lever du soleil, le télégraphe l’apprendra à tout le royaume. A présent, discutera l'affaire qui voudra. Elle est faite. J'ai refusé l'amnistie tant qu’elle me paraissait une concession à la menace et qu'on pouvait y voir une faiblesse arrachée à la crainte ; mais je l’accorde avec bonheur quand elle est devenue mon acte spontané à la suite du triomphe d'hier (4) it is as it should. Je n'ai voulu ni rapport, ni proposition, C'est mon acte, et l'acte se défendra par 1ui-même.

 

Mardi matin à 11 heures, 9 mai 1837.


               Ma chère amie, avant de partir pour Versailles, j'ajoute quelques lignes à ma lettre d'hier soir. Je venais de la finir, et j'étais peu avancé dans la lecture des dépêches quand ma porte s'est ouverte! - Le Président du Con­seil !... Eh ! mon Dieu, qu'est-ce qu'il y a encore ?... Puis les ministres en succession. - Enfin ce n'était qu'une modification de l'ordonnance qui avait été faite. Puis la nécessité d'un rapport. Enfin, après trois heures de séance dans mon grand cabinet, tout a été arrangé à la satisfaction commune, et à trois heures un quart ils ont été se coucher, et moi aussi. C'est un rude métier !... Enfin tout est terminé, à présent nous verrons comment cela sera pris. J'espère bien, en somme toute...

 

Cinq ans plus tard, une terrible catastrophe venait atteindre la famille royale et la France entière.

Le 13 juillet 1842, le Duc d'Orléans se tuait en sautant de voiture, alors que quelques minutes plus tard le postillon maîtrisait ses chevaux em­portés.

Ce fut un deuil national ; dans toutes les classes de la société, la mort du Prince Royal causa une immense douleur. Victor Hugo était bien l'écho de tous, lorsque s'adressant au Roi Louis-Philippe, il lui disait : « La nation pleure le Prince, l'armée pleure le soldat, l'Institut regrette le penseur… Populaire au dedans, national au dehors, rien ne lui a manqué, excepté le temps ; et l’on peut dire que tous les germes d'un grand Roi se manifestaient dans ce Prince, mort si jeune, hélas ! qui aimait les arts cornme François Ier, les lettres comme Louis XIV, 1a patrie, comme vous-même »...

Tout en maintenant haut et ferme le drapeau de la France à l'extérieur, le Roi Louis-Philippe consacrait ses soins vigilants à l’administration intérieure du pays. En 1846, sans faiblesse comme sans arrogance, il dédaignait la mauvaise humeur de l'Angleterre, irritée du mariage du Duc de Montpensier avec la sœur de la reine d'Espagne Isabelle II, unie elle-même avec un Prince de la Maison de Bourbon, Don François d'Assise. La prospérité publique se développait, la misère et l'ignorance reculaient devant le travail et l'instruction. La loi sur les chemins vicinaux rapprochait la ferme et la chaumière de l'église, de l'école, du marché et de la mairie. « Enfin, l'édifice politique était couronné par la liberté, sous la protection d’un Parlement armé de prérogatives d'examen et de contrôle les plus étendues, et sous l'œil vigilant et passionné d'une presse ne relevant que de la justice du pays. »

De 1830 à 1848, Louis-Philippe observa scrupuleusement la Charte qui avait inauguré son règne. « Quelques libéraux convertis avaient beau dire : « la légalité nous tue !... il respecta cette légalité, comme un filleul bien appris res­pecte sa marraine. Homme de tradition, ce qui est bien permis, même à un Roi constitutionnel, persuadé que l'aristocratie est, en somme, la meilleure gardienne de la liberté, il regretta l'hérédité de la pairie. Il se résigna pourtant, comprenant qu'il fallait faire la part du feu ou du diable démocratique. C'est, tout au plus, s'il se plaignait, en souriant, que les conditions im­posées à la nouvelle pairie fussent arrangées de telle façon qu'il lui était impossible de nommer ­pair de France le duc de Montmorency, son ancien ami. »...

Le Gouvernement de Juillet, a dit avec tant de justesse M. de Salvandy, « fut constitué dans un jour d'orage qui n'était pas le fait de la nation, et c'est là sa gloire. Il avait été établi pour rendre le repos à la France, en conciliant l'ordre avec la liberté ; il s'est employé, sans repos, à cette grande mission... il a prouvé que le génie des hommes, la libéralité des institutions et le bon­heur des peuples ne suffisent pas à fonder un gouvernement sur des bases solides »... On doit cependant reconnaître une grosse faute commise par le Gouvernement de Juillet. Il avait un ennemi dangereux, implacable dans le journalisme. Tous les jours, les feuilles de l'opposition déversaient l'injure et la calomnie contre le Roi ; quelques-unes même osèrent prêcher ouvertement l’assassinat, et ne furent pas étrangères à certains attentats commis par de malheureux fous qu’égaraient de détestables lectures (5). D'autres publiaient les pamphlets les plus odieux et les plus mensongers contre le Roi et les siens. Le Gouvernement ne se préoccupa pas assez de l'effet produit dans le peuple par ces calomnies quotidiennes, qui contribuèrent incontestablement à diminuer la popularité du Roi. Du haut de la tribune, M. Guizot s'écriait qu'on pouvait multiplier, entasser tant que l'on voudrait les injures et les calomnies, mais qu'on ne les élèverait jamais à la hauteur de son dédain. Magnifique langage assurément, mais qui ne suffisait pas.

Aussi, lorsque le 22 février 1848, eurent lieu les premiers troubles, sous prétexte d'organiser des banquets où l'on réclamerait la réforme électorale (que le Gouvernement entendait faire, mais à son temps et à son heure), en deux jours, l'é­meute dégénéra en révolution. Louis-Philippe, tranquille et confiant dans les mesures prises par le nouveau cabinet Thiers-Odilon-Barrot, abdiqua le 24 février en faveur de son petit-fils, le Comte de Paris ; la légèreté et l'insuffisance de ses nou­veaux ministres laissèrent s'accomplir la catas­trophe qui devait coûter si cher au peuple fran­çais.

Pendant tout son règne, Louis-Philippe avait scrupuleusement obéi aux lois. Il ne supposa pas que lui parti, les Français pussent violer cette Charte de 1830, à laquelle il avait été si fidèle, et renverser le trône, devenu par son abdication, celui de son petit-fils, le Comte de Paris.

On a raconté très inexactement le départ du Roi du palais des Tuileries. Nous croyons pouvoir affirmer que les faits se sont passés de la ma­nière suivante ; nous les tenons d'un témoin ocu­laire, le comte de Montalivet.

Lorsque l'invasion populaire menaça le châ­teau, le 24 février 1848, vers midi, le Roi, donnant le bras à la Reine, sortit du Palais par l'avenue centrale du jardin des Tuileries, accompagnés de six de leurs petits enfants, portés dans les bras, et entourés d'un fort détachement de la garde nationale à cheval, que le général Dumas avait prudemment commandé pour protéger le dé­part.

A la vue du Roi, les gardes nationaux expriment leur sympathie et leurs sentiments de fidélité par les cris de : Vive le Roi ! Vive la Reine ! Louis-Philippe s'attendait à trouver ses voitures à la grille du pont tournant. Il ignorait qu’elles venaient d'être brûlées place du Carroussel par la multitude insurgée, et que ses piqueurs avaient été froidement massacrés. Après quelques minutes d'une pénible attente près de l’obélisque, au lieu des voitures attendues, parurent deux voitures appelées broughams et un cabriolet à deux roues, appartenant à la Maison du Roi. Elles avaient été envoyées, grâce à la prévoyante sollicitude de M. le Duc de Nemours qui était resté place du Carrousel, et dans ce moment suprême avait pris le commandement d’un corps de troupes à qui le nouveau ministère avait interdit l'usage de ses armes !...

Toutes les personnes de la famille royale que pouvaient contenir ces voitures y montèrent, ayant pour escorte le 2e régiment de cuirassiers du colonel Reibell, et un détachement de la garde nationale à cheval, commandé par le comte de Montalivet.

Le général Regnault de Saint-Jean d’Angély, ayant sous ses ordres la brigade de cavalerie concentrée sur la place, prit le commandement de l'escorte du Roi. Celui-ci avait, aux portières de sa voiture, ses aides de camp, le général Dumas, le Comte Friant, puis MM. Perrot de Chazelles et de Pauligue, ses officiers d'ordon­nance, ainsi que M. Fiereck, chef d'escadron d'artillerie, et officier d'ordonnance du Duc de Montpensier. Les voitures furent complètement enveloppées par les cuirassiers et la garde na­tionale à cheval.

Devant le pont des Invalides, une populace qui saccageait et brûlait un corps de garde, parut d'abord disposée à arrêter les voitures ; mais l'attitude d'une aussi forte cavalerie l'intimida, et celle-ci la fit reculer sans qu’un seul coup de fusil fut tiré. Le poste de la barrière de Passy, envahi déjà par les insurgés, présenta les armes en silence. Le général de Rumigny, aide de camp du Roi, put le rejoindre à Saint-Cloud, plus heu­reux que le général de Berthois, qui fut renversé de cheval, et s'échappa avec peine, au moment où la populace insurgée se dirigeait sur la Chambre des députés.

L'escorte royale n'alla pas plus loin que Saint-­Cloud. Lorsque le Roi, avant de quitter le palais de Saint-Cloud pour se rendre à Dreux, où il coucha le soir même, prit congé des soldats dans la cour du château, ceux-ci témoignèrent au Souverain (qui, hélas ! ne se doutait point encore que c'était là sa première étape pour l'exil), un enthousiasme et une fidélité dont fut vivement touché le Roi Louis-Philippe.

Tel fut le départ du Roi, départ travesti en fuite en fiacre par l'imagination non de sérieux historiens, mais de véritables romanciers.

 

(1) Ce collier appartient aujourd'hui à Madame la Comtesse de Paris.

(2) Voir les lettres du prince Jérôme Bonaparte pages 419 à 421, et de la princesse Caroline, frère et sœur de Napoléon, pages 310 à 315.

(3) Boirot, complice de Fieschi, Meunier, condamné à mort par la Chambre des Pairs pour avoir tiré sur le Roi le 27 décembre 1836.

(4) Le Roi fait allusion à une revue de la garde nationale et de l'armée qui avait eu lieu le 7 mai ; il y avait été accueilli avec le plus vif enthousiasme.

(5) Huit attentats eurent lieu contre le Roi Louis-Philippe pendant son règne. Bergeron, sur le Pont-Royal, 19 novembre 1832. (Bergeron fut acquitté, et l'auteur du coup de pistolet tiré sur le Roi resta  impuni). - Fieschi, machine infernale sur les boulevards, 28 juillet 1835. - Alibaud, dans la cour des Tuileries, 25 juin 1836. - Meunier, quai de la Mégisserie, 27 décembre 1836. – Champion, machine infernale avortée, quai de la Conférence, 1837. - Darmès, près du Pont de la Concorde, 15 octobre 1840. – Lecomte, forêt de Fontainebleau, 16 août 1846. - Henri, sur le balcon des Tuileries, 29 juillet 1846… enfin Quenisset qui tira sur le Duc d’Aumale et ses frères, 13 septembre 1841.

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Jean-Pierre Vigineix - dans Livres anciens
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