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1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 01:57
Livre du marquis de Flers paru en 1891, E. Dentu éditeur, Librairie de la Société des gens de lettres.
Ceci n'est que le onzième chapitre d'une série de douze.

LE ROI LOUIS-PHILIPPE
VIE ANECDOTIQUE
1773-1850

par le Marquis de Flers
 

 

 

CHAPITRE XI

Les derniers jours du Roi Louis-Philippe et de la Reine Marie Amélie en France, 25 février-2 mars 1848.

 

Tant de récits inexacts ont été publiés sur les derniers jours du Roi Louis-Philippe en France, principalement par M. de Lamartine, dans son Histoire de la Révolution de 1848 (nous devrions dire son roman), qui n'est qu'un tissu d'erreurs plus ou moins volontaires, que nous avons jugé utile et intéressant de rectifier des récits fantai­sistes et de dire très exactement ce qui se passa alors.

Le Roi, persuadé que la Régence était procla­mée à la Chambre des députés à Paris, croyait que son éloignement immédiat écarterait tout soupçon que son abdication eût été arrachée par la violence, et il avait songé à se rendre au château d'Eu. Mais le départ avait été si préci­pité, qu'aucuns préparatifs n'avaient été faits. Le général Dumas conduisit Leurs Majestés à Trianon d'abord, puis (dans deux berlines prises à Versailles), à Dreux, où l'on arriva dans la soirée du 24. Pour conserver l'incognito et voyager avec plus de sécurité, on avait jugé pru­dent de se séparer.

Une des berlines fut donnée à la Princesse Clémentine de Saxe-Cobourg et Gotha qui, avec son mari, ses trois enfants et la petite fille du Duc de Nemours, la Princesse Marguerite, voyagea sous les auspices de M. Aubernon, préfet de Seine-et-Oise, et arriva heureusement à Boulogne où, à bord du paquebot, elle rencontra le Duc de Nemours, avec lequel elle débarqua à Folkes­tone le 27 février.

Le 25 février au matin, à Dreux, le Roi et la Reine apprirent la proclamation de la République à Paris. Gagner la côte la plus proche et passer en Angleterre, fut le parti auquel ils s'arrê­tèrent ; il fut décidé que l'on se dirigerait vers Honfleur, au pavillon de la Grâce, propriété de M. de Perthuis, officier d'ordonnance du Roi. Il y avait alors, à Dreux, un sous-préfet, M. Ma­réchal, homme de tête et de cœur, dont l'intelli­gence égalait le dévouement. Assis sur le siège de la berline, il conduisit le Roi et la Reine à Évreux. On passa par Anet, Pacy-sur-Eure et la Roche-Saint-André où c'était jour de marché. Là, les augustes fugitifs furent reconnus, mais M. Maréchal s'étant nommé, aucune difficulté ne fut faite pour leur départ. On passa la nuit du 25 dans les environs du château de Malleville, appartenant à M. Dorvilliers, agent du Roi pour la forêt de Breteuil, qui était absent, ainsi que toute sa famille. Son fermier, un nommé Re­nard, crut d'abord qu'il avait devant lui des amis de M. Dorvilliers, et ne dissimula pas l'indigna­tion, l'horreur même que lui inspirait la nou­velle venue de Paris de la proclamation de la République. Ce langage inspira confiance, et on lui nomma les fugitifs. Très ému, il offrit de rendre tous les services que l'on souhaiterait. On courut à Évreux chercher M. Dorvilliers qui se mit aux ordres du Roi, et assura que l'on pouvait compter sur son fermier, homme courageux et intelligent. M. Maréchal, qui n'était plus dans son arrondissement, prit congé de Louis-Philippe, que Renard se chargea de conduire d'Évreux à Honfleur, dans son cabriolet, pendant que son valet de ferme prendrait la Reine dans la berline. Le secrétaire général de la préfecture d'Évreux, averti par M. Maréchal, était accouru à Malle­ville, et guida le valet de ferme, pour que la berline évitât la partie la plus fréquentée de la ville.

Renard conduisit tout d'un trait, avec de courts arrêts dans les auberges sur la route, le cabriolet où il se trouvait avec le Roi et son valet de chambre.

La nuit était venue. Pendant la soirée du 26, le temps était froid. Le Roi, déjà âgé, souffrit du vent et de la pluie pendant les quelques heures que dura le trajet jusqu'à Honfleur, distant de vingt-quatre lieues. La Reine était avec sa femme de chambre et le général de Rumigny, dans la berline. A trois heures et demie du matin, au re­lais de Pont-Audemer, le Roi et la Reine purent échanger quelques mots. Les deux voitures arrivèrent le 27 février, au point du jour, au pavillon de M. de Perthuis à Honfleur. Là, le brave Renard se retira, sans vouloir rien accep­ter, heureux, disait-il, d'avoir pu servir son Roi !

Le général Dumas, qui avait quitté celui-ci à Dreux, ainsi que M. de Pauligue, avaient gagné Rouen par le chemin de fer, et, le dimanche 27 seulement, arrivaient à Honfleur. Au Havre, le général Dumas et M. de Perthuis s'étaient rejoints, et ce dernier s'était occupé, avec M. Besson, un de ses amis, officier de marine, de trouver un bâtiment. Le jardinier du pavillon, nommé Racine, se montra non seulement dévoué, mais actif et intelligent. Il demanda la permis­sion de consulter un de ses amis intimes, nommé Hallot (un ancien matelot de la Belle-Poule, le bâtiment du Prince de Joinville, et qui avait été décoré par le Roi). Hallot, également plein de zèle, proposa de se procurer un bateau-pêcheur à Trouville, et il s'offrit ensuite pour conduire Louis-Philippe en Angleterre : on ne pouvait songer à faire partir la Reine sur une aussi petite barque. Sa Majesté consentit à laisser le Roi s'éloigner seul, à la condition absolue que s'il était arrêté, elle irait le rejoindre. Tout fut con­venu pour la nuit de 28 février, mais le vent était si violent et la mer si houleuse, qu'il y aurait eu danger à s'embarquer. Le général de Rumigny arriva à Trouville quelques heures avant le Roi, et prit des mesures pour le cacher, jusqu'au moment de son embarquement. Il avait mis dans la confidence le capitaine du port, M. Henri Barbet.

Le Roi se confia alors à cet homme. Cet hon­nête militaire le conduisit chez son frère, Victor Barbet, dont la fille, veuve d'un marin, avait pour la Reine et la famille royale une grande vénéra­tion. Ce fut une joie pour elle de recevoir le Roi, qui accepta cette hospitalité du 29 février au 1er mars au soir. Ceux qui accompagnaient le Prince étaient allés loger dans une auberge voi­sine. Pendant ce temps, du lundi soir 28 au 2 mars, la Reine resta seule à la Grâce, avec Mlle Muser, sa dévouée et intelligente femme de chambre.

Pendant ce temps, le Gouvernement provisoire de Paris envoyait l'ordre de doubler les senti­nelles sur toutes les côtes, et d'exercer la surveil­lance la plus rigoureuse dans les ports. Le capi­taine Barbet, alarmé de ces dispositions, eut la fâcheuse idée de rompre le marché conclu avec le premier bateau qui n'avait pu prendre la mer à cause du mauvais temps. Il offrit 1 000 F à chacun des deux matelots. L'un d'eux, mécontent, répandit le bruit qu'on lui avait offert de l'argent pour transporter, en Angleterre, un étranger caché chez Victor Barbet. Cette nouvelle occasionna une vive rumeur dans toute la ville de Trouville.

Tout à coup, le 1er mars, à huit heures du soir, le capitaine Barbet se précipite dans la chambre où se trouvait le Roi, lui apprenant que les autorités allaient faire une perquisition dans la maison, et qu'il fallait fuir, sans perdre une minute. Il l'entraîne, le confie à M. Guestier, un des propriétaires de Trouville, qui venait d'y exercer les fonctions de maire. Chez M. Guestier, famille et serviteurs s'étaient mis au ordres du Roi, lui déclarant que sur une population de trois  mille habitants, il n'y avait pas six républicains. La suite du Roi, qui s'était dispersée à la première alarme, le rejoignit chez M. Guestier. Là, on resta quelques heures attendant que les rues fussent à peu près désertes. C'était à qui montrerait le plus de zèle pour avoir l'honneur de conduire le royal fugitif et de se dévouer pour son service.

Le Roi et ceux qui l'accompagnaient partirent en avant à pied. On avait dû aller chercher chez le bourrelier le harnais du cabriolet de M. Guestier. Ce harnais heureusement était raccommodé. On passa devant trois corps de garde, qui ne firent pas attention aux voyageurs. Au village de La Touque seulement, Louis-Philippe put monter en voiture et entre quatre et cinq heures du ma­tin, arriva à peu de distance de La Grâce, où il ne tarda pas à être réuni à la Reine. Puis, M. Guestier se dirigea seul vers Quillebœuf pour chercher une retraite sûre, car il ne croyait pas probable que le Roi pût parvenir à s'embarquer à Honfleur.

M. Besson, le 27, avait cru pouvoir demander en confidence, au capitaine du paquebot anglais l'Express qui faisait le service entre Le Havre et l'Angleterre, de prendre un voyageur dans une barque en mer. Celui-ci avait répondu qu'à son grand regret il ne pouvait s'écarter de sa route, mais en arrivant à Southampton il avait avisé l'Amirauté anglaise qui, devinant qu'il s'agissait d'illustres proscrits, avait envoyé de suite, sur divers points de la côte, plusieurs bâtiments à vapeur, chargés de recueillir la famille royale en fuite.

Le jeudi 2 mars, à la pointe du jour, M. Jones, vice-consul anglais au Havre, vint à La Grâce annoncer, de la part du consul, M. Featherston­haugh, que le bateau à vapeur l'Express était de retour, et mis entièrement à la disposition du Roi. Il apprenait, en même temps, que le Duc de Nemours, la Princesse Clémentine et leurs en­fants étaient heureusement arrivés en Angleterre. On trouva plus prudent d'attendre le soir ; et le 2 mars, entre 5 et 6 heures, Louis-Philippe descendit, sous une pluie battante, la colline de Notre-Dame-de-Grâce, pour aller prendre passage, avec la Reine, sur le paquebot qui faisait le service entre Honfleur et Le Havre. Ce paquebot, le Courrier, sur le pont duquel le Roi et la Reine, confondus avec les passagers, firent la courte traversée de Honfleur au Havre (1) ne devait pas partir dans cette soirée du 2 mars. Ce fut M. Adolphe d'Houdetot, receveur des finances au Havre, frère du comte d'Houdetot, aide de camp du Roi qui, mis dans la confidence, frêta le bâteau, sous le prétexte d'aller chercher des fonds attendus pour le service de la recette.

Pendant ce temps, le procureur de la République cherchait vainement le Roi à Trouville, et quelques heures à peine après son départ, faisait avec des gendarmes une perquisition au pavillon de la Grâce.

Le vice-consul anglais, un moment oublieux de son rôle, se laissait aller à des éclats de voix bruyants, qui dominaient le bruit des vagues, et la musique discordante, exécutée à bord du Courrier par de pauvres artistes allemands qui jouaient l'air de Grétry : « O Richard, ô mon Roi, l'uni­vers t'abandonne ! ». Le hasard a toujours de ces à-propos. La Reine avait suivi une autre route que celle prise par le Roi : elle était accompagnée de M. de Perthuis. Enveloppée d'un manteau fort simple, recouvrant sa robe de moire noire garnie d'hermine, elle s'assit sur un banc, en compagnie de sa femme de chambre : les amis du Roi obser­vant entre eux la plus grande réserve, restaient isolés les uns des autres.

On arriva au Havre. Aucun gendarme ne veil­lait pour demander les passeports, les douaniers se promenaient silencieux, et la population sem­blait témoigner par son absence, d'une discrète et respectueuse protection. Le changement de bateau put donc s'opérer dans la plus complète sé­curité.

En débarquant sur le quai du Havre, le Roi, avec le général de Rumigny, le général Dumas, le consul et le vice-consul anglais montèrent sur le paquebot l'Express. Louis-Philippe était muni d'un passeport anglais, au nom de M. William Smith. La Reine, avec MM. Besson et Adolphe d'Houdetot, le rejoignait dans une cabine, et le consul put s'écrier : Enfin, grâce à Dieu, Sire, vous êtes sauvé !... Puis, à la grande joie de Leurs Majestés, il leur apprenait que la Duchesse de Montpensier était à Londres, le Duc de Montpen­sier, la Duchesse de Nemours et ses deux fils en sûreté à Jersey. On n'avait encore aucune nou­velle de Mme la Duchesse d'Orléans, du Comte de Paris et du Duc de Chartres ; le lendemain, 3 mars seulement, on fut rassuré sur leur sort.

Le Roi et la Reine se croyaient sauvés quand, sans le savoir, ils échappèrent à un nouveau danger. Une femme, qui exerçait sur le port les fonctions de commissionnaire, pour recommander les logements, à l'arrivée des paquebots, reconnut Louis-Philippe et le dit à un officier du port. Celui-ci se dirigea aussi tôt vers l'Express, il entrevit le Roi, et le reconnut aussi au moment où il descendait dans sa cabine. Il interrogea alors le capitaine, qui lui répondit qu'il partait avec des dépêches. L'officier lui demanda de visiter les cabines ? - Très volontiers, répliqua le capitaine, à mon prochain voyage, à moins que vous ne vouliez faire la traversée avec nous ? il est neuf heures précises et je dois prendre le large à cette heure. - Que signifie ? - Voyez. - ­Le capitaine avait fait un signe, le câble, détaché rapidement par ses matelots, et le paquebot s'ébranlant, l'officier n'eut que le temps de repas­ser sur le quai. De là il s'adressa à M. Feathers­tonhaugh, en le priant de lui dire qui il avait conduit quelques minutes auparavant à bord du paquebot ? - Mon oncle ! lui fut-il répondu d'un air narquois... – Ah ! monsieur le consul, qu'avez-vous fait !... - Ce que vous auriez fait vous-même à ma place, monsieur !... et le pa­quebot s'éloigna à toute vapeur. On apprit plus tard que cet officier avait envoyé de suite un rap­port sur le départ du Roi au nouveau préfet de Rouen.

Malgré une mer assez mauvaise, la traversée, qui dura dix heures, s'accomplit heureusement et Leurs Majestés débarquèrent le vendredi 3 mars, à sept heures du matin, à Newhaven. Le 4, elles arrivaient au Palais de Claremont, où la Reine Victoria leur offrit l'hospitalité, d'accord en cela avec le gendre du Roi Louis-Philippe, Léopold Ier, Roi des Belges, qui avait la jouissance de ce château.

Chose frappante et digne d'être remarquée ! Dans ce brusque départ de France, au milieu de tous les dangers et des péripéties d'une fuite, au milieu d'une population qu'on aurait pu supposer hostile, partout, à chaque instant, le Roi Louis-Phi­lippe est reconnu, et partout, à Dreux, à Évreux, à Trouville, à Honfleur, au Havre, à mesure qu'il s'avance dans sa pénible route, les dévouements se multiplient. C'est que, dès que les événements de Paris avaient été connus en province, la stupeur, la consternation avaient gagné les populations. La révolution de février ne répondait à aucun désir des français ; elle était subie, mais non acclamée. Beaucoup de ceux qui réclamaient une réforme électorale n'avaient jamais eu la pensée de renverser le trône. On l'a dit avec raison : ce ne fut pas la nation française, mais cinquante conspirateurs, et deux mille bandits,  qui, usurpant ses droits, proclamèrent la République le 24 février 1848 (2).

« Il y avait, a dit justement M. Cuvillier-Fleury (3), un Roi bon politique, nullement charlatan, homme sérieux et positif, très actif et très prévoyant, qui se contentait de gouverner selon les lois, de donner protection à tous les intérêts, et qui disait aux gens : «  Vivez tranquilles, semez, labourez, commercez, échangez, enrichissez-vous. Faites des livres, et tâchez de les écrire en bon français ; faites des tableaux, et portez-les dans les musées. Soyez libres en respectant la liberté ! Soyez reli­gieux en respectant les consciences ! Soyez libé­raux sans troubler l'État ! Soyez progressifs, si vous le voulez, pourvu que le mieux ne soit pas la corruption du bien ».

« Mais quoi ! un Roi qui parle un pareil langage, qui ne demande à son peuple que d'être heureux, qui ne lui procure aucun spectacle extraordinaire, aucune émotion qui ne sait ni inventer l'impossible, ni pour chasser le chimérique, ni exalter l'inconnu ; un Roi qui est franc, sincère, pratique, le Roi légal d'une nation libre ! un pareil régime avait duré dix-huit ans ! n'était-ce pas trop ?... Si vous recherchez les vraies causes de la révolution de février, les voilà ! ».             

«  La République est faible (dit un peu plus tard le Roi à M. Cuvillier-Fleury) ce n'est pas une raison pour qu'elle périsse. Les gouverne­ments, en France, ont plus de facilité à s'établir parce qu'ils sont faibles, qu'à durer quand ils sont forts. Faibles, tout leur vient en aide. « Les bourgeois de Paris ne m'auraient pas renversés, s'ils ne m'avaient cru inébranlable. »

Mot juste et profond, après lequel il n'y a plus rien à dire sur cette révolution qui a eu tout l'odieux d'une catastrophe, et tout le ridicule d'une duperie.

 

(1) Pour donner une idée de la légèreté avec laquelle M. de Lamartine raconte la révolution de février, nous croyons devoir citer ses propres expressions : ... « Cinq jours entiers, dit-il, un vent contraire, une mer terrible s'opposent au départ de ces bâtiments. Le Roi, dévorant les heures, se ronge d'impatience et d’inquiétude ; il va et revient plusieurs fois, à travers champs, et par les tempêtes de la nuit, de sa retraite (Honfleur) au port du Havre à sa retraite… »   

M. de Lamartine parle du Roi, passant et repassant entre Honfleur, à travers champs ! il est le seul à ignorer qu’entre ces deux villes il y a un large bras de mer !...

Histoire de la Révolution de 1848, par M. de Lamartine. Tome II, pages 70 et 71.

(2) Il nous semble assez curieux de rappeler ici l’évaluation des dévastations qui eurent lieu dans le domaine privé du Roi Louis-Philippe, le 24 février 1848. Nos chiffres sont empruntés au remarquable ouvrage : Le Roi Louis-Philippe. - Liste civile, par le comte de Montalivet, ancien ministre, exécuteur testamentaire et fidèle ami du Roi, qu'il servit jusqu'à sa mort avec le plus constant et intelligent dévouement.

Pendant trente ans, prince ou roi, Louis-Philippe s’était plu à embellir, par de grands travaux, le Palais-Royal et le château de Neuilly. Quelques heures ont suffi pour anéantir l’œuvre de tant d'années !

Trois résidences royales, les Tuileries, le Palais-Royal et Neuilly ont été envahies par les insurgés du 24 février. Le Palais des Tuileries faisait partie du domaine de l'Etat, et en 1840 le Palais-Royal avait fait retour à l'État, à la charge du public, d'indemnités stipulées par les lettres-patentes de 1692 et la loi du 2 mars 1832.

Le château de Neuilly seul faisait partie du domaine privé. Cette résidence favorite du Roi a été incendiée et pillée de fond en comble. On remarquera que, pour l'évaluation seule des bâtiments détruits et saccagés, on trouve un peu plus de trois millions de francs ! Pour les 914 œuvres d'art, tableaux, dessins, gravures, etc., détruits au Palais-Royal ou à Neuilly, on constate une perte de 768 780 F, et pour une magnifique collection de 813 médailles et d'un millier de volumes des biblio­thèques, on arrive, au chiffre de 85 100 F. Si l'on récapitule, on trouve les chiffres suivants :

Bâtiments               3 065 246  

Objets d'art               768 180

Bibliothèques              85 100

Mobilier                 2 460 750

Écuries                      231 757

Caves                        326 421

Ce qui fait un total, pour les dévastations, de 6 938 054.

Environ sept millions de francs ! et cette évaluation, faite en 1850, est entiè­rement indépendante des pertes de tout genre supportées par la Reine et par les autres Princes de la famille royale. M. de Monta­livet n'a tenu compte, dans son travail (appuyé de documents justifi­catifs) que de ce qui était personnel au Roi Louis-Philippe. Que l'on juge maintenant si notre épithète de bandits est bien méritée pour les vainqueurs de Février !

(3) Portraits politiques et révolutionnaires, par M. Cuvillier-­Fleury, chez Michel Lévy (1850).

 

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Jean-Pierre Vigineix - dans Livres anciens
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