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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 06:41
Livre du marquis de Flers paru en 1891, E. Dentu éditeur, Librairie de la Société des gens de lettres.
Ceci n'est que le dixième chapitre d'une série de douze.

LE ROI LOUIS-PHILIPPE
VIE ANECDOTIQUE
1773-1850

par le Marquis de Flers
 

CHAPITRE X 

La charité et la munificence du Roi (1830-1848). - Ses dépenses personnelles. - Ses dettes. - Les bienfaits du Roi envers les Bonaparte. - Le collier de la Reine Hortense. - L'é­chauffourée de Strasbourg (1836). - Clémence du Roi envers Louis-Napoléon, auquel il fait donner 16 000 francs. - L'é­chauffourée de Boulogne (1840). - Évasion du fort de Ham. - L'amnistie de 1837. - Lettre du Roi sur l'amnistie. - Mort du Duc d'Orléans (1842). - Ce que fut le Gouvernement de Juillet. - Quelle fut sa faute ? - Les attentats contre le Roi. - La Révolution du 24 février 1848. - La vérité sur le dé­part du Roi Louis-Philippe, le 24 février.

 

Nous avons montré Louis-Philippe dans sa vie privée, accessible à tous, chef d'État aimant la paix, encourageant les lettres et les arts, enfin, ouvrant à la France une ère de prospérité réelle. Nous voulons raconter encore quelques traits de ce Roi trop méconnu, qui fut toujours simple, affable, bon, et, en même temps, fin politique.

Pour préciser davantage, nous rappellerons que les actes de la charité et de la munificence royale, de 1830 à 1848, s'élevèrent à la somme totale de 42 millions 850 000 francs. Un détail assez curieux : le Roi appliquait chaque année à sa dépense purement personnelle, une somme de 10 000 francs au plus, et il ne voulut jamais que le trésor public dépensât rien pour les Princes, ses fils, dans leurs commandements ou dans leurs missions.

En résumé, a écrit, avec preuves à l’appui, M. de Montalivet, ce Roi accusé d'être avare, était usufruitier d'une portion du domaine de l’Etat, et l'a entretenu avec plus de soin et à plus grands frais que ne le fit l'État après 1848. Ce roi qu’on a dit être cupide, affecta à des améliorations, à des dons de toute espèce, une somme 110 millions environ, dont l'emploi, sans contrôle, appartenait tout entier à son libre arbitre, à sa volonté absolue. En 1848, les ennemis les plus acharnés du gouvernement tombé constatèrent, avec autant d'étonnement que de dépit, que les dépenses de toute la liste civile, pendant le règne, avaient excédé les recettes de 55 millions 36 611 francs. Par conséquent, ce pauvre Roi, accusé d’économiser, dépensa en trop, chaque année, 3 millions 14 835 francs, qui avaient été payés sur sa fortune personnelle.

Un adroit ennemi du Roi et du gouvernement de Juillet, M. de Cormenin, répandit à profusion, pendant bien des années, des brochures où chaque ligne est un mensonge. Il reprochait au Roi une sordide avarice, et l'accusait de placer ses économies à l'étranger. Parlant sans contradicteur aux classes populaires, il espérait lui nuire, et dé­truire sa grande popularité. Pendant les pre­mières années du règne, ce pamphlétaire, dont l'histoire a depuis longtemps fait justice, insi­nuait que le Roi plaçait ses économies à l'étran­ger, et enfin, en 1837, il avait l'audace d'inventer le chiffre imaginaire de 97 millions et demi éco­nomisés à son profit : « Tout cet argent, disait-il, est encoffré dans des tonnes, en bons écus, parfaitement ronds, bien sonnants et bien pe­sants »… Certes, nous admettons des adver­saires politiques qui attaquent loyalement un souverain ou un gouvernement. Mais comment faut-il juger des affirmations aussi perfides et aussi mensongères ?... Le gouvernement pro­visoire républicain de 1848 eut entre les mains toute la comptabilité de la liste civile et du do­maine privé, et M. Vavin, le liquidateur, loin d'admettre les calomnies de M. de Cormenin, constata, non sans surprise, que le Roi avait volontairement fait don à l'État de 48 millions et demi, tous dépensés pour la splendeur de la France.

Montrerai-je maintenant la clémence de Louis-­Philippe envers ses ennemis les plus avérés ? Au commencement de son règne, vers 1832, la mère de celui qui devait être Napoléon III, la Reine Hortense, eut recours plusieurs fois à lui, non seulement pour se rendre en France, dont elle était bannie, mais pour obtenir d’y être accompagnée par son fils Louis-Napoléon. A l’insu des ministres, le Roi avait accordé l’autorisation de traverser la France. La Princesse, dans une audience demandée pour lui faire ses remerciements, le pria d'excuser son fils qui, retenu par une indisposition, n'avait pu l’accompagner.Non seulement celui-ci n'était pas malade, mais il était en conférences avec des républicains et cherchait, avec eux, les moyens de renverser le gouvernement ! A ce procédé inqualifiable, Louis-Philippe répondit par un nouvel acte de générosité. La Reine Hortense, pressée par des besoins  d'argent, le fit prier de vouloir bien lui acheter un magnifique collier de saphirs et diamants qu'elle possédait. Elle souhaitait le vendre 400 000 francs environ. M. Bapst, joaillier de la couronne, l’estima 350 000 francs environ. Louis-Philippe fit remettre 700 000 francs, sur sa cassette (1), à la mère de Louis-Napoléon Bonaparte.

Quelque temps après, Louis-Napoléon cherchait vainement à soulever la garnison de Strasbourg. Arrêté immédiatement, il aurait pu être traduit en Conseil de guerre et fusillé. A ceux qui auraient voulu invoquer le nom de Napoléon, il aurait suffi de rappeler l'épouvantable assassinat du duc d'Enghien, exécuté dans les fossés de Vincennes, le 19 mars 1804, alors que Ie gouver­nement de Bonaparte avait en mains les preuves évidentes de sa complète innocence. Mais les pro­cédés sanglants et arbitraires du Consulat n'é­taient pas ceux du Gouvernement de Juillet : la Reine Hortense accourut à Paris, implorant l'in­dulgence du Roi pour son fils, coupable seule­ment (disait-elle dans ses illusions) d'une étour­derie de jeunesse. Louis-Philippe lui assura d'a­bord que la vie de son fils ne courait aucun danger, et mit le comble à sa bonté, non seule­ment en ne l'emprisonnant pas, mais en le faisant embarquer pour l'Amérique. A Paris, où Louis-Napoléon fut conduit, il apprit du préfet de police la faveur dont il était l'objet. Il écrivit aussitôt au Roi pour le remercier, et recom­mander à la clémence royale ses amis arrêtés avec lui. Le 21 novembre 1836, comme il allait s’embarquer sur la frégate l’Andromède, le sous­-préfet, M. Villemain, lui demanda, par ordre du gouvernement, s'il avait assez d'argent pour faire face à ses premiers besoins en Amérique. Sur sa réponse négative, le sous-préfet lui remit, de la part du Roi, une somme de seize mille francs en or.

Quatre ans plus tard, le 6 août 1840, Louis-­Napoléon débarquait sur la plage de Boulogne-­sur-Mer, à la tête de quelques amis, pour ren­verser le gouvernement. Ni les habitants, ni l'armée n'avaient été séduits par ce prétendant, qui arrivait avec un aigle apprivoisé sur le poingt ! Louis-Napoléon, se sentant perdu, crut, en tirant un coup de pistolet sur un pauvre grenadier qui fut cruellement blessé, réchauffer le zèle de ses partisans. Son illusion fut de courte durée, et il essaya vainement de regagner son bateau. La chaloupe chavira, et le prétendant, tout trempé, fut retiré de la mer et conduit en prison. Les gardes nationaux, en le poursuivant, tuèrent un des conspirateurs. Ce sang, inutilement versé, assombrit d'une teinte tragique un dénouement qui aurait dû appartenir exclusivement au domaine burlesque. Telle fut, en réalité, l'échauffourée de Boulogne, qui, quoiqu'en aient dit certains journalistes, n'eut aucune importance et aucune influence sur les événements ultérieurs.

Le Gouvernement n'eut garde de rendre une seconde fois la liberté au prince Louis-Napoléon, et Louis-Philippe laissa la justice suivre son cours. Le procès des accusés de Boulogne eut lieu au milieu de l'indifférence publique, et Louis-Napoléon fut condamné à un emprisonnement perpétuel dans une forteresse du royaume.

Renfermé au fort de Ham, il expia, selon son  expression, par un emprisonnement de six années, « sa témérité contre les lois de son pays ». Grâce à la complicité de son ami, le docteur Conneau, et d’un maçon nommé Badinguet, dont il prit les habits, il s'échappa de Ham, et put gagner l'Angleterre. Il ne devait en revenir qu'en 1848, pour se faire nommer Président de la Ré­publique.

Nous pourrions citer encore bien des traits de bonté du Roi Louis-Philippe, envers d'autres membres de la famille Bonaparte, qui, pressés par des besoins d'argent, eurent recours à la générosité royale (2) ; nous nous arrêterons ici, et avec M. de Montalivet, nous ferons remarquer seu­lement que « par un privilège unique peut-être dans l'histoire, la Providence faisait du Roi Louis-­Philippe le protecteur des familles princières au nom desquelles d'implacables factions s'efforçaient incessamment de le perdre dans l'opinion du pays ».

N'oublions pas cependant de parler d'un acte dû à l'initiative personnelle du Roi, acte qui causa une vive satisfaction dans toute la France. Le 8 mai 1837, à l'occasion du mariage du Prince Royal, le Duc d'Orléans, avec la Princesse Hélène de Mecklembourg-Schwérin, parut l'ordonnance royale de l'amnistie, pleine et entière, pour tous les délits et crimes politiques. Toutes les prisons s'ouvrirent, les fautes, les crimes même furent pardonnés, et la joie fut générale.

Madame Adélaïde était alors à Bruxelles. Voici dans quels termes le Roi faisait part à cette sœur dévouée, à cette amie si fidèle, de la grande mesure qu'il venait de prendre.

 

Lundi soir, 8 mai 1837, 11 h ½ du soir.

 

Tout est arrangé, ma chère bonne amie, et je m’empresse de te l'annoncer en descendant du Conseil… J'ai signé l'ordonnance d'amnistie pleine et entière à tous les condamnés politiques, par jugement définitif, actuellement détenus, et la peine de Boirot et de Meunier (3), qui ne sont pas politiques, est commuée en dix ans de bannissement. Elle sera demain dans le Moniteur, que tu recevras en même temps que cette lettre. Cette séance du Conseil a été remarquable. J'avais fait venir Pasquier et Dupin, non pas au Conseil, mais dans le salon bleu, où les débats ont été très éloquents ; Pasquier et Dupin ont été admirables, et finalement l’affaire est faite. Demain, au lever du soleil, le télégraphe l’apprendra à tout le royaume. A présent, discutera l'affaire qui voudra. Elle est faite. J'ai refusé l'amnistie tant qu’elle me paraissait une concession à la menace et qu'on pouvait y voir une faiblesse arrachée à la crainte ; mais je l’accorde avec bonheur quand elle est devenue mon acte spontané à la suite du triomphe d'hier (4) it is as it should. Je n'ai voulu ni rapport, ni proposition, C'est mon acte, et l'acte se défendra par 1ui-même.

 

Mardi matin à 11 heures, 9 mai 1837.


               Ma chère amie, avant de partir pour Versailles, j'ajoute quelques lignes à ma lettre d'hier soir. Je venais de la finir, et j'étais peu avancé dans la lecture des dépêches quand ma porte s'est ouverte! - Le Président du Con­seil !... Eh ! mon Dieu, qu'est-ce qu'il y a encore ?... Puis les ministres en succession. - Enfin ce n'était qu'une modification de l'ordonnance qui avait été faite. Puis la nécessité d'un rapport. Enfin, après trois heures de séance dans mon grand cabinet, tout a été arrangé à la satisfaction commune, et à trois heures un quart ils ont été se coucher, et moi aussi. C'est un rude métier !... Enfin tout est terminé, à présent nous verrons comment cela sera pris. J'espère bien, en somme toute...

 

Cinq ans plus tard, une terrible catastrophe venait atteindre la famille royale et la France entière.

Le 13 juillet 1842, le Duc d'Orléans se tuait en sautant de voiture, alors que quelques minutes plus tard le postillon maîtrisait ses chevaux em­portés.

Ce fut un deuil national ; dans toutes les classes de la société, la mort du Prince Royal causa une immense douleur. Victor Hugo était bien l'écho de tous, lorsque s'adressant au Roi Louis-Philippe, il lui disait : « La nation pleure le Prince, l'armée pleure le soldat, l'Institut regrette le penseur… Populaire au dedans, national au dehors, rien ne lui a manqué, excepté le temps ; et l’on peut dire que tous les germes d'un grand Roi se manifestaient dans ce Prince, mort si jeune, hélas ! qui aimait les arts cornme François Ier, les lettres comme Louis XIV, 1a patrie, comme vous-même »...

Tout en maintenant haut et ferme le drapeau de la France à l'extérieur, le Roi Louis-Philippe consacrait ses soins vigilants à l’administration intérieure du pays. En 1846, sans faiblesse comme sans arrogance, il dédaignait la mauvaise humeur de l'Angleterre, irritée du mariage du Duc de Montpensier avec la sœur de la reine d'Espagne Isabelle II, unie elle-même avec un Prince de la Maison de Bourbon, Don François d'Assise. La prospérité publique se développait, la misère et l'ignorance reculaient devant le travail et l'instruction. La loi sur les chemins vicinaux rapprochait la ferme et la chaumière de l'église, de l'école, du marché et de la mairie. « Enfin, l'édifice politique était couronné par la liberté, sous la protection d’un Parlement armé de prérogatives d'examen et de contrôle les plus étendues, et sous l'œil vigilant et passionné d'une presse ne relevant que de la justice du pays. »

De 1830 à 1848, Louis-Philippe observa scrupuleusement la Charte qui avait inauguré son règne. « Quelques libéraux convertis avaient beau dire : « la légalité nous tue !... il respecta cette légalité, comme un filleul bien appris res­pecte sa marraine. Homme de tradition, ce qui est bien permis, même à un Roi constitutionnel, persuadé que l'aristocratie est, en somme, la meilleure gardienne de la liberté, il regretta l'hérédité de la pairie. Il se résigna pourtant, comprenant qu'il fallait faire la part du feu ou du diable démocratique. C'est, tout au plus, s'il se plaignait, en souriant, que les conditions im­posées à la nouvelle pairie fussent arrangées de telle façon qu'il lui était impossible de nommer ­pair de France le duc de Montmorency, son ancien ami. »...

Le Gouvernement de Juillet, a dit avec tant de justesse M. de Salvandy, « fut constitué dans un jour d'orage qui n'était pas le fait de la nation, et c'est là sa gloire. Il avait été établi pour rendre le repos à la France, en conciliant l'ordre avec la liberté ; il s'est employé, sans repos, à cette grande mission... il a prouvé que le génie des hommes, la libéralité des institutions et le bon­heur des peuples ne suffisent pas à fonder un gouvernement sur des bases solides »... On doit cependant reconnaître une grosse faute commise par le Gouvernement de Juillet. Il avait un ennemi dangereux, implacable dans le journalisme. Tous les jours, les feuilles de l'opposition déversaient l'injure et la calomnie contre le Roi ; quelques-unes même osèrent prêcher ouvertement l’assassinat, et ne furent pas étrangères à certains attentats commis par de malheureux fous qu’égaraient de détestables lectures (5). D'autres publiaient les pamphlets les plus odieux et les plus mensongers contre le Roi et les siens. Le Gouvernement ne se préoccupa pas assez de l'effet produit dans le peuple par ces calomnies quotidiennes, qui contribuèrent incontestablement à diminuer la popularité du Roi. Du haut de la tribune, M. Guizot s'écriait qu'on pouvait multiplier, entasser tant que l'on voudrait les injures et les calomnies, mais qu'on ne les élèverait jamais à la hauteur de son dédain. Magnifique langage assurément, mais qui ne suffisait pas.

Aussi, lorsque le 22 février 1848, eurent lieu les premiers troubles, sous prétexte d'organiser des banquets où l'on réclamerait la réforme électorale (que le Gouvernement entendait faire, mais à son temps et à son heure), en deux jours, l'é­meute dégénéra en révolution. Louis-Philippe, tranquille et confiant dans les mesures prises par le nouveau cabinet Thiers-Odilon-Barrot, abdiqua le 24 février en faveur de son petit-fils, le Comte de Paris ; la légèreté et l'insuffisance de ses nou­veaux ministres laissèrent s'accomplir la catas­trophe qui devait coûter si cher au peuple fran­çais.

Pendant tout son règne, Louis-Philippe avait scrupuleusement obéi aux lois. Il ne supposa pas que lui parti, les Français pussent violer cette Charte de 1830, à laquelle il avait été si fidèle, et renverser le trône, devenu par son abdication, celui de son petit-fils, le Comte de Paris.

On a raconté très inexactement le départ du Roi du palais des Tuileries. Nous croyons pouvoir affirmer que les faits se sont passés de la ma­nière suivante ; nous les tenons d'un témoin ocu­laire, le comte de Montalivet.

Lorsque l'invasion populaire menaça le châ­teau, le 24 février 1848, vers midi, le Roi, donnant le bras à la Reine, sortit du Palais par l'avenue centrale du jardin des Tuileries, accompagnés de six de leurs petits enfants, portés dans les bras, et entourés d'un fort détachement de la garde nationale à cheval, que le général Dumas avait prudemment commandé pour protéger le dé­part.

A la vue du Roi, les gardes nationaux expriment leur sympathie et leurs sentiments de fidélité par les cris de : Vive le Roi ! Vive la Reine ! Louis-Philippe s'attendait à trouver ses voitures à la grille du pont tournant. Il ignorait qu’elles venaient d'être brûlées place du Carroussel par la multitude insurgée, et que ses piqueurs avaient été froidement massacrés. Après quelques minutes d'une pénible attente près de l’obélisque, au lieu des voitures attendues, parurent deux voitures appelées broughams et un cabriolet à deux roues, appartenant à la Maison du Roi. Elles avaient été envoyées, grâce à la prévoyante sollicitude de M. le Duc de Nemours qui était resté place du Carrousel, et dans ce moment suprême avait pris le commandement d’un corps de troupes à qui le nouveau ministère avait interdit l'usage de ses armes !...

Toutes les personnes de la famille royale que pouvaient contenir ces voitures y montèrent, ayant pour escorte le 2e régiment de cuirassiers du colonel Reibell, et un détachement de la garde nationale à cheval, commandé par le comte de Montalivet.

Le général Regnault de Saint-Jean d’Angély, ayant sous ses ordres la brigade de cavalerie concentrée sur la place, prit le commandement de l'escorte du Roi. Celui-ci avait, aux portières de sa voiture, ses aides de camp, le général Dumas, le Comte Friant, puis MM. Perrot de Chazelles et de Pauligue, ses officiers d'ordon­nance, ainsi que M. Fiereck, chef d'escadron d'artillerie, et officier d'ordonnance du Duc de Montpensier. Les voitures furent complètement enveloppées par les cuirassiers et la garde na­tionale à cheval.

Devant le pont des Invalides, une populace qui saccageait et brûlait un corps de garde, parut d'abord disposée à arrêter les voitures ; mais l'attitude d'une aussi forte cavalerie l'intimida, et celle-ci la fit reculer sans qu’un seul coup de fusil fut tiré. Le poste de la barrière de Passy, envahi déjà par les insurgés, présenta les armes en silence. Le général de Rumigny, aide de camp du Roi, put le rejoindre à Saint-Cloud, plus heu­reux que le général de Berthois, qui fut renversé de cheval, et s'échappa avec peine, au moment où la populace insurgée se dirigeait sur la Chambre des députés.

L'escorte royale n'alla pas plus loin que Saint-­Cloud. Lorsque le Roi, avant de quitter le palais de Saint-Cloud pour se rendre à Dreux, où il coucha le soir même, prit congé des soldats dans la cour du château, ceux-ci témoignèrent au Souverain (qui, hélas ! ne se doutait point encore que c'était là sa première étape pour l'exil), un enthousiasme et une fidélité dont fut vivement touché le Roi Louis-Philippe.

Tel fut le départ du Roi, départ travesti en fuite en fiacre par l'imagination non de sérieux historiens, mais de véritables romanciers.

 

(1) Ce collier appartient aujourd'hui à Madame la Comtesse de Paris.

(2) Voir les lettres du prince Jérôme Bonaparte pages 419 à 421, et de la princesse Caroline, frère et sœur de Napoléon, pages 310 à 315.

(3) Boirot, complice de Fieschi, Meunier, condamné à mort par la Chambre des Pairs pour avoir tiré sur le Roi le 27 décembre 1836.

(4) Le Roi fait allusion à une revue de la garde nationale et de l'armée qui avait eu lieu le 7 mai ; il y avait été accueilli avec le plus vif enthousiasme.

(5) Huit attentats eurent lieu contre le Roi Louis-Philippe pendant son règne. Bergeron, sur le Pont-Royal, 19 novembre 1832. (Bergeron fut acquitté, et l'auteur du coup de pistolet tiré sur le Roi resta  impuni). - Fieschi, machine infernale sur les boulevards, 28 juillet 1835. - Alibaud, dans la cour des Tuileries, 25 juin 1836. - Meunier, quai de la Mégisserie, 27 décembre 1836. – Champion, machine infernale avortée, quai de la Conférence, 1837. - Darmès, près du Pont de la Concorde, 15 octobre 1840. – Lecomte, forêt de Fontainebleau, 16 août 1846. - Henri, sur le balcon des Tuileries, 29 juillet 1846… enfin Quenisset qui tira sur le Duc d’Aumale et ses frères, 13 septembre 1841.

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Jean-Pierre Vigineix - dans Livres anciens
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6 décembre 2008 6 06 /12 /décembre /2008 06:18

 

Une petite information


Les
« pays » de l'Auvergne

avant la constitution des départememts


         
La France est découpée, maintenant, en départements et régions, avant ce partage, elle comportait 450 « pays » regroupés par région et nous donnerons ici, pour information, que ces derniers pour l'Auvergne (départements Allier, Cantal, Haute-Loire et Puy-de-Dôme) :

        Artense, Bocage bourbonnais, Brivadois, Monts du Cantal, Carladez, Cézallier, Châtaigneraie, Combrailles, Mont Dôme, Monts Doré, Grande et petite Limagnes, Limagne bourbon­naise, Livradois, Mauriacois, Montagne bourbonnnaise, Planèze, Sologne bourbonnaise et Velay. 

                                                                                             Le petit Viginet, n°26, septembre 2008

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29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 00:00

Contrat de mariage entre
Léger VIGINEIX et Marie Terme

 

Acte passé devant Me Michel Mallet, notaire à Champeix (Puy-de-­Dôme), le 10 juin 1863 (archives départementales, cote 5 E 73, n°22874).

 

Pardevant Me Michel Mallet, notaire à la résidence de Champeix, chef-­lieu de canton, arrondissement d'Issoire, département du Puy-de-Dôme et son collègue, soussignés

ont comparu

M. Léger Vigineix, propriétaire et cultivateur, demeurant au chef-lieu de la commune de Saint-Nectaire

fils majeur de M. Antoine Vigineix et de Mme Anne Brun, son épouse, propriétaire et cultivateur, demeurant à Saint-Nectaire, ici présent pour l'autoriser et faire en sa faveur les dispositions suivantes :

stipulant en son nom personnel et privé sous l'autorisation de ses père et mère, futur époux

d'une part

Et Mme Marie Terme, sans profession, demeurant en la compagnie de ses père et mère, à Saint-Nectaire, section de Bains-du-Haut

fille mineure de M. François Terme et dame Marie Aubier, proprié­taires et cultivateurs, demeurant à Saint-Nectaire, ici présents pour l'au­toriser et faire en sa faveur les dispositions suivantes :

stipulant en son nom personnel et privé sous l'autorisation de ses père et mère, future épouse

d'autre part

Lesquels, dans les vues du mariage projeté entre M. Vigineix Léger, et Mlle Marie Terme, et dont la célébration, doit avoir lieu aujourd'hui à la mairie de Saint-Nectaire, en ont arrêté les conventions civiles de la manière qui suit.

 

Article premier

Les futurs époux déclarent adopter le régime de la communauté conformément aux dispositions du code Napoléon selon cette matière, sauf les modifications ci-après.

Cette communauté sera une simple société d'acquêts à faire durant le mariage et provenant soit des revenus des biens des futurs soit des béné­fices de leur industrie ou revenus.

En conséquence tous les biens que les futurs époux posséderont le jour du mariage, ceux qui leur adviendront par successions, donations ou legs, en sont exclus de la communauté.

De même les dettes personnelles aux futurs, celles qui leur incombe­ront pendant le cours du mariage par successions, donations ou legs seront supportées par celui du futur du chef duquel elle proviendront.

 

Article deux

Le futur époux apporte au mariage quarante chemises en toile de ménage, six habillements complets et de ses mêmes linges et hardes à son usage.

Et de plus douze moutons ou brebis.

 

Article trois

La demoiselle future épouse apporte au mariage et se constitue per­sonnellement :

son trousseau composé de dix robes garnies de leurs jupes et tabliers, de différentes couleurs et étoffes, quarante-huit chemises en toile de ménage et tous ses mêmes linges et hardes à son usage personnel ;

2° un lit complet garni de tous ses accessoires.

 

Article quatre

M. Vigineix et son épouse, qui l'autorise, donnent à la future épouse, qui accepte, en avancement d'hoirie, de leurs futures successions,

dix draps de lit en toile de ménage, lesquels seront censé au futur le jour du mariage dont la célébration vaudra quittance,

2° un lit composé d'un garde-paille en toile, un matelas en laine, une couverture en laine, un couvrepied en indienne piquée, un traversin et un oreiller en plumes.

La célébration du mariage vaudra également quittance en faveur des donateurs.

Pour base la perception des droits de l'enregistrement seulement les parties déclarent que ces draps et lit sont d'un montant de cent francs.

Ils donnent de plus au dit futur époux qui accepte, en avancement d'hoi­rie les immeubles ci-après désignés, situés sur la commune de Saint­Nectaire, savoir,

un pré situé au terroir de Girogne, contenant environ douze ares, joignant à l'est, celui de Besson; au sud, celui de Louis Serre, ainsi qu'à l'ouest ;

2° une terre située au terroir de La Condamine et de Frissoune, contenant environ quarante ares, confinée : à l'est, par la pâture au moulin des dona­teurs ; au sud, par la propriété de Boissat et celle des donateurs ; à l'ouest, la parcelle de Madeleine Boissat et au nord, par celle de Guillaume Besson ;

3° une terre située au terroir du Coudert, contenant environ dix ares, confinée : à l'est, par le terrain de Guillaume Besson ; au sud, parcelle de Léger Vigineix ; à l'ouest, parcelle de François Serre et au nord, parcelle de Guillaume Besson ;

4° une terre située au terroir de Les Sausses, contenant environ dix ares, confinée à l'est, par le ruisseau, et au nord, parcelle de Louis Serre ; à l'ouest, par la voie commune, et au nord, par le terrain de Joseph Maudon-Boissat ;

une parcelle de pré située au terroir de La Sausse, contenant environ huit ares, confinée : à l'est, par le ruisseau ; au sud, par le pré de M. Joseph Maudon-Boissat ; à l'ouest, par la voie commune, et au nord, par le pré de Coirrier et Besson ;

6° une parcelle située au terroir de Zinchamêt, contenant environ huit ares, confinée : à l'est, parcelle de Boissat et autres ; au sud, parcelle de Guillaume Besson ; à l'ouest et au nord, parcelle de M. Louis Serre.

Au surplus ces immeubles sont donnés tels qu'ils se limitent et se com­portent, avec leurs aisances et dépendances, plus amples et meilleurs conins sans garantie des contenances ci-dessus fixées, quelle que soit la différence.

Le futur époux en disposera comme de chose lui appartenant en toute propriété du jour du mariage.

Il ne pourra néanmoins entrer en jouissance de la terre de Zinchamêt, et du pré de La Sausse, qui du jour du mariage, et des autres immeubles qu'après la levée des récoltes qui sont pendantes de la présente année.

Pour base de la perception des droits de l'enregistrement les parties déclarent que les immeubles donnés sont d'un revenu annuel de soixante-­dix francs.

Les époux Vigineix observent qu'ils ont fait exonérer le futur époux, comme soldat de la classe de 1857 moyennant le prix de mille huit cent francs et ils entendent expressément que le dit futur époux ne soit pas tenu de rapporter la dite somme.

Ils instituent respectivement le dit futur époux leur héritier par égalité avec Mme Marie Vigineix, leur fille, sous réserve néanmoins d'une somme de mille francs pour en disposer ainsi qu'ils aviseront.

 

Article cinq

M. Terme et son épouse, qu'il autorise donnent à la future épouse qui accepte, en avancement d'hoirie de leurs futures successions :

1° une terre située sur la commune de Saint-Nectaire, au terroir de Pra Chaudoux, au Coudert, contenant environ quarante-quatre ares, confinée : à l'est, par celle d'Antoinette Marie Bellonte, veuve Battiffolier; au sud, par celle d'Antoinette Bellonte; à l'ouest, par la voie commune, et au nord, parcelle de Boissat ;

2° une terre située au terroir des Fouesses, même commune, contenant environ vingt-neuf ares, confinée : à l'est, parcelle de Simon Bergogne ; au sud, parcelle de Rabany ; à l'ouest, par la voie commune, et au nord, par­celle d'Anne Serre ;

3° un bâtiment situé à Saint-Nectaire, au chef-lieu des Bains-du-Haut au Chaufournader (?), composé d'une étable, four et chambon au-dessus, confinée : à l'est, par une ruelle au passage ; qui le sépare des autres bâti­ments de sieur Terme père.

Tels que ces immeubles se limitent et comportent avec leurs aisances et dépendances, plus amples et meilleurs confins, sans garantie des conte­nus ci-dessus fixés, quelle que soit la différence.

La future en sera propriétaire et elle en disposera de chose lui apparte­nant en toute propriété, du jour du mariage, elle ne se mettra en possession du bâtiment que du jour de la séparation des parties d'avec les sieur et dame Terme.

Pour baser la perception des droits de l'enregistrement seulement les parties déclarent que les immeubles sont d'un revenu de cinquante-quatre francs.

 

Article six

M. et Mme Terme, la dite dame autorisée de son mari, s'obligent à recevoir les futurs époux en leur demeure à les loger, nourrir et soigner ainsi que les enfants à naître du présent mariage, à la charge pour les dits futurs époux de rapporter dans le ménage exercer leurs mises et travaux ; ils pourront faire leur profit particulier des revenus de leurs biens per­sonnels.

Le cas d’incompatibilité arrivant, les futurs époux délivreront de la maison de M. et Mme Terme, qui s'obligent à les leur délivrer leurs linges, trousseau et mobilier, qu'ils y auront portés et qui leurs appartiendront de bonne foi, sans réserve.

Pour baser la perception des droits de l'enregistrement les parties déclarent que cette cohabitation est d'une valeur annuelle de vingt francs.

Les futurs prendront, en cas d'incompatibilité leurs immeubles dans l'état qu'ils se trouveront.

 

Article sept

Les futurs époux, voulant se donner des preuves de l'affection qu'ils ont l'un pour l'autre, se font donation mutuelle, au survivant d'eux, accepté par le dit survivant, de l'usufruit et jouissance des biens qui com­poseront la succession du prémourant.

Le survivant, pour cet usufruit, est dispensé de fournir caution, mais à la charge de faire dresser bon et fidèle inventaire.

Cet usufruit aura lieu le temps de la viduité seulement, il renoncera en cas de convol à de secondes noces.

Telles sont les conventions des parties et qu'elles ont expressément acceptées.

Dont acte

Fait et dressé à Saint-Nectaire, canton de Champeix, dans la maison d'habitation de M. et Mme Terme.

L'an mil huit cent soixante trois

Le dix juin.

En présence du côté du futur,

Léger Vigineix, son oncle, propriétaire et cultivateur, demeurant à Saint-Nectaire,

Antoine Brun, aussi, son oncle, propriétaire cultivateur, demeurant à Saint-Nectaire,

François Planeix-Brun, son oncle, propriétaire, demeurant à Freydefond, commune de Saint-Nectaire,

François Brun, son cousin, propriétaire, demeurant à Saint-Nectaire,

Michel Planeix, son cousin, propriétaire, demeurant à Freydefond,

Jean Feuillade-Brun, son cousin, sabotier, demeurant à Saillant.

Et du côté de la future,

M. Guillaume Terme, son oncle, propriétaire, demeurant à Saillant, commune de Saint-Nectaire,

François Savignat, aussi son oncle, propriétaire, demeurant à Cournol,

Guillaume Terme, son cousin, propriétaire, demeurant à Pradelle,

François Bouche, propriétaire, demeurant à Sapchat,

Gustave Perceptier, industriel, propriétaire, demeurant à Saint-­Nectaire.

Et autres parents et aussi des dits futurs époux.

Avant de clore, Me Mallet, notaire, a donné lecture aux parties des articles 1393 et 1394 du code Napoléon, et en vertu du dernier alinéa de ce dernier article et leur a délivré le certificat prescrit pour être remis, ainsi qu'elles en ont été prévenues à l'officier de l'état civil, avant la célé­bration du mariage.

M. et Mme Vigineix, père et mère, Mme Terme, Léger Vigineix, Brun, aïeules ont déclaré ne savoir signer de ce enquis respectivement. Les futurs époux, M. Terme frère ; MM. Planeix, Brun cousin, Perceptier et autres présents ont signé avec Me Mallet et son collègue, après lecture.

 

Le petit Viginet, n°25, juin 2008
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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 06:54
Onomastique
 
DABERT


Contraction d'abert provenant d'aberâ, d'aberjâ, qui désigne l'abri, mettre à l'abri (aberjao = juchoir, perchoir, éventuellement épouvantail), endroit sommaire pour se protéger du froid.

Surnom de celui qui habitait un abri ou une maison de mauvaise qua­lité dans un lieu élevé.


Gérald Vigineix


Le petit Viginet
, n°26, septembre 2008

 

 

 

 

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11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 01:40


Livre du marquis de Flers paru en 1891, E. Dentu éditeur, Librairie de la Société des gens de lettres.
Ceci n'est que le neuvième chapitre d'une série de douze.

Deuxième partie


LE ROI LOUIS-PHILIPPE
VIE ANECDOTIQUE
1773-1850

par le Marquis de Flers
 

 

A l'appui de cette appréciation de Victor Hugo, nous rappellerons l'anecdote suivante :

Non seulement le Roi avait largement étendu le droit de grâce, mais lorsqu'il devait sanctionner les arrêts de la justice, il soumettait encore sa conscience à une dernière épreuve. Le comte de Montalivet raconte (5) qu'étant entré dans le cabinet du Roi à une heure avancée de la nuit, il le vit penché sur un cahier dont plusieurs pages étaient déjà chargées de son écriture. Il ne put s'empêcher d'adresser au Roi une question respectueuse, croyant que le Prince écrivait ses Mémoires :

« Mon Dieu, non ! me dit-il, vous me trouvez occupé d'un travail bien plus triste ; sur ce cahier que vous voyez, j'enregistre les noms des criminels condamnés à la peine de mort, de ceux que mon droit de grâce n'a pu protéger contre le cri de ma conscience ou les décisions de mon cabinet. J'y inscris le fait, les circons­tances principales, les avis divers des magistrats, l'opinion de mon Conseil quand il a délibéré. J'y expose les motifs impérieux qui ne m'ont pas permis de faire grâce, chaque fois que ma prérogative laisse à la justice son libre cours. J'ai besoin de me justifier à mes propres yeux et de me convaincre moi-même que je n'ai pu faire autrement. De là, cette dernière et dou­loureuse épreuve à laquelle je soumets mon âme ; je veux que mes fils sachent quel cas j'ai fait, quel cas ils doivent faire de la vie des hommes. Parce que l'on dit vulgairement le droit de grâce, je n'ai jamais cru que la clémence fut seulement un droit ; c'est encore, c'est sur­tout un devoir, qui ne peut être limité que par des devoirs d'un ordre supérieur. Je veux prou­ver à mes fils que je ne l'ai jamais compris au­trement: là est ma consolation quand la justice a frappé ! »…

Dans une circonstance peu connue, Louis-Phi­lippe montra envers une princesse qui ne cessait de conspirer contre lui, une générosité toute par­ticulière. On était à la fin d'octobre 1832 : la Duchesse de Berry, après avoir vainement tenté d'agiter et de soulever les fidèles populations de la Vendée, était cachée depuis le mois de mai à Nantes où aux environs. Le traître Deutz allait la livrer au gouvernement, et était d'accord pour cela avec M. Thiers.

A peine le Roi l'eut-il appris, qu'il manda la Reine dans son cabinet, et lui exposa ses inten­tions de faire fuir la Duchesse. La Reine, s'asso­ciant chaleureusement à cette pensée, cherchait comment on devrait s'y prendre pour cela, lors­que le comte de Montalivet (de qui nous tenons ce récit), entra dans le cabinet royal. - Que faire pour que notre cousine échappe à une arrestation qu'il me sera impossible d'empêcher dans peu de jours ? - Sire, conseilla M. de Montalivet, que M. Pasquier fasse venir M. de Pastoret, et celui-ci fera prévenir, à Nantes, madame la Duchesse de Berry, de fuir sans perdre une heure ?... Le Roi et la Reine donnent leur complet assentiment à la proposition. M. de Pastoret, alors un des repré­sentants autorisés du parti légitimiste à Paris, est averti: avis est promptement donné à la Du­chesse qu'elle est trahie, et qu'elle va être arrê­tée. On sait le reste. La Princesse refusa de fuir, rêvant toujours un soulèvement impossible. Elle fut arrêtée, et les ministres, responsables devant les Chambres, exigèrent que sa détention fut pro­longée jusqu'au jour où son union secrète avec le comte Lucchesi-Palli étant déclarée, en même temps que la naissance de son enfant, elle cessât d'être Française pour redevenir Italienne, et perdre ainsi tout prétexte à agiter le pays avec l'idée d'une régence éventuelle de son fils mineur, le Duc de Bordeaux.

On pourrait multiplier à l'infini les traits de bonté de Louis-Philippe.

Le 27 octobre 1833 le Roi, la Reine, les Princes et Princesses de la famille royale se rendaient au Bourget pour y attendre l'arrivée du Roi et de la Reine des Belges. Un courrier de poste nommé Vernet (7) passait auprès de la voiture du Roi, au moment où les postillons montaient à cheval. Le Roi l'appelle : Vernet se penche pour entendre les ordres qui vont lui être donnés ; sa selle tourne, il tombe au moment où les postillons, sans le voir, lancent les chevaux au galop. Aux cris de la Reine et des Princesses, la voiture s'arrête. Le Roi et le Duc d'Orléans s'empressent auprès du malheureux Vernet, que les officiers ont relevé et porté auprès d'un arbre. Le Roi l'interroge, le palpe, s'assure par lui-même qu'il n'a rien de fracturé, puis, voyant qu'une saignée pourrait le sauver, s'écrie : « Aucun médecin n'est proche; j'ai fait des saignées dans ma jeunesse, je m'en souviendrai... du linge sans perdre un moment... ». La Reine et les jeunes Princesses déchirent leurs mouchoirs. Le Roi bande le bras du pauvre courrier, tire une lan­cette de son portefeuille et fait une légère inci­sion qui réussit. Le sang coule ; le blessé revient à la vie, et se désole en songeant qu'il ne pourra plus remonter à cheval. Le Roi le console, et par d'affectueuses paroles relève son courage. Puis d'une main sûre arrête le sang, ferme la veine, fait des ligatures, et ne s'éloigne que lorsque le courrier a pu être remis entre les mains du médecin que l'on était allé chercher en toute hâte.

L'opposition avait beau jeu de railler ce Roi, le premier, a dit Victor Hugo, qui ait versé le sang pour guérir ; c'est dans la mémoire du peuple que de pareilles actions trouvent leur récompense.

La bienveillance du Souverain était extrême.Un jour, se promenant à Neuilly, il aperçoit un gamin d'une dizaine d'années qui s'efforçait de dessiner sur une porte du parc, avec un morceau de craie, la figure du Roi, caricaturée sous la forme d'une poire. Louis-Philippe s'approcha doucement de l'enfant et, lui prenant la craie, lui dit : « Tu t'y prends mal, c'est comme cela qu'il faut faire ! ». et il acheva la caricature ; puis, se tournant vers l'enfant confus et rougissant, il lui mettait dans la main une pièce de cinq francs, à la grande joie du bambin qui se sau­vait en criant à tue-tête : Vive Louis-Philippe ! pendant que le Prince, en souriant, lui faisait signe de se taire.

Une autre fois, un grand bal avait lieu aux Tuileries. Pour ces soirées, où l'affluence était toujours très grande, on prenait des domestiques supplémentaires, qu'on choisissait de préférence parmi les fournisseurs ordinaires du Palais. Le maître d'hôtel en. Chef, Lapointe, avait accepté les services d'un crémier de la rue des Pyramides qui avait une belle prestance, et souhaitait ardemment voir une fête aux Tuileries. A la fin du bal, le brave homme, en desservant le souper, avait été tenté par la bonne mine d'un perdreau froid, resté intact sur un plat et... il l'avait ra­pidement fait entrer dans la poche de son habit. Mais il avait été vu par le Roi, qui sans affectation s'approcha de l'endroit où il se tenait, et tout à coup à demi voix lui dit : « Les pattes passent ! ». On peut se figurer la terreur de l'homme qui demeura foudroyé, n'osant plus bouger. « Allons, rassurez-vous, ajouta le Roi avec bonhomie, et filez vite, car si Lapointe vous voyait, il vous chasserait ».

La bienfaisance de la Reine Marie-Amélie en­vers les malheureux était inépuisable, et si par­fois sa bourse se trouvait vide, elle ne s'adres­sait jamais en vain au Roi. Aussi recevait-elle des pétitions dont quelques-unes comme la sui­vante, œuvre d'Alexandre Dumas, étaient déli­catement tournées. Le brillant romancier écrivit à la Reine, en apostillant la pétition d'une des pianistes les plus distinguées de l'époque dont on allait vendre les meubles :

 

Lisez avec le cœur cette plainte touchante,

Qu'en humble ambassadeur je mets à vos genoux.

Toute chose ici-bas, Madame, suit sa pente,

L'aiguille tourne au pôle, et le malheur à vous.

 

Le lendemain, Alexandre Dumas recevait cinq cents francs pour sa protégée, de la part de la Reine.

Le Roi Louis-Philippe était doué, comme on l'a vu, d'une bonté à toute épreuve, d'une extrême finesse et d'une charmante bonhomie.

En 1835, après l'attentat de Fieschi, dont la machine infernale fit tant de victimes sur les boulevards, l'émotion en France fut extrême, et beaucoup de villes envoyèrent des députations à Paris, pour féliciter le Roi dont les jours avaient été préservés. La ville de Bordeaux était repré­sentée par quelques gardes nationaux. L'un d'eux, marchand de vins, d'une haute taille, bel homme, ayant sous le bras son bonnet à poil de grena­dier, se faufile peu à peu près du Roi, et sans hésiter, lui tient ce langage :

« Oui, Sire, s'écria-t-il, je le dis sans modestie, parce que c'est la vérité, il n'yen a pas un dans Bordeaux capable de vous servir comme moi. J'achète directement les premiers crus du Bordelais. Pas une pièce, pas une bouteille qui ne sorte de chez moi sans porter ma marque. Je vous enverrai une pièce, vous goûterez ; cela ne vous engage à rien, et si mon vin vous con­vient, comme j'en suis sûr, vous payerez quand vous voudrez; j'ai confiance en vous...)

Un de ses amis, mieux élevé que lui, compre­nant l'inconvenance de son compatriote envers le Souverain, voulut rompre la conversation ; poussant le coude de son ami, il s'approche et, avec la grâce la plus épanouie, il dit au Roi : ... Eh donc ! Sire, n'aurons-nous pas le plaisir de dé­poser nos respects aux pieds de votre épouse ? - Mon Dieu, non, répondit en souriant Louis-­Philippe, elle est obligée, ce soir, de garder la maison !...           

Une autre fois, c'était le tour d'une députation de l'Orne. Après un discours assez bien tourné d'un maire, le Roi s'approche, le félicite, s'en­quiert des besoins de sa commune, et dit : - Nous désirons vous avoir à dîner au palais : à mardi. - Impossible, Sire, répond le maire désolé, j'ai arrêté ma place à la diligence, et j'ai eu la bêtise de donner des arrhes. - Eh bien ! fit gaiement le Roi, ce sera pour demain alors,... à moins que vous ne soyez invité ailleurs !...

Ce fut cette bonté, cette familiarité avec tous, qui rendit Louis-Philippe si populaire pendant tant d'années. Pauvre Prince ! Combien, en 1848, il fut mal récompensé de tant de bonne grâce par ces bourgeois, si fiers de lui toucher la main !...

Du 2 au 7 septembre 1843, le Roi reçut à Eu la visite de la Reine Victoria. On trouve, dans les notes écrites par cette Princesse, la profonde im­pression qu'elle ressentit de cette visite, où elle fut accueillie avec empressement et la cordialité la plus franche.

Un des amis les plus dévoués et un des grands ministres de Louis-Philippe, M. Guizot, rapporte un mot significatif du Roi, pendant le séjour à Eu de la Reine d'Angleterre :

« Le Roi avait assisté à tant de désastres im­prévus, vécu au milieu de tant de ruines, et subi lui-même de telles détresses, qu'il lui en était resté une extrême défiance de l'avenir et une vive appréhension des chances funestes qui pouvaient encore l'atteindre, lui et les siens. Tantôt il se rappelait avec un juste orgueil, ses jours de vie errante et pauvre, tantôt il en parlait avec un amer souvenir, et une prévoyance pleine d'alarme. En septembre 1843, pendant la première visite de la Reine Victoria au château d'Eu, on se pro­menait un jour dans le jardin potager du château, devant des espaliers couverts de belles pêches; le Roi en cueillit une, et l'offrit à la Reine qui voulut la manger, mais ne savait comment s'y prendre pour la peler; le Roi tira de sa poche un couteau en disant : « Quand on a été, comme moi, un pauvre diable vivant à quarante sols par jour, on a toujours un couteau dans sa poche » ; et il sourit, comme tous les assistants, à ce sou­venir de misère (8) ».

Le 8 octobre 1844, le Roi, accompagné du Duc de Montpensier et de M. Guizot, ministre des Affaires étrangères, rendit à la Reine d'Angleterre, au château de Windsor, la visite qu'elle lui avait faite au château d'Eu l'année précédente. Ce fut à Portsmouth qu'il débarqua. Un souverain fran­çais en Angleterre, c'était un gros événement pour ce pays, qui n'en avait pas vu depuis la cap­tivité du roi Jean II, prisonnier après la bataille de Poitiers en 1356.

La Reine Victoria, sous le charme de l'esprit de Louis-Philippe, lui prodigua les plus vives marques de sympathie, et lui conféra solennelle­ment l'ordre de la Jarretière. La cour et le peuple anglais témoignaient avec éclat leurs sen­timents pour un Prince auquel ils savaient gré d'être à la fois libéral et pacifique. Quand le Roi se promenait dans les environs de Windsor, il était beaucoup plus chaleureusement acclamé que le Czar Nicolas l'avait été, notait la Reine Victoria dans son journal.

Louis-Philippe, calquant sa visite sur celle de la Reine à Eu, avait décliné les invitations de la cité de Londres. Alors on vit un fait sans précédent dans les annales de cette fière cité : tous les re­présentants, le lord-maire, les aldermens, shérifs, les conseillers, vinrent au château de Windsor en grande cérémonie, apporter une adresse au Prince qu'ils regrettaient de ne pouvoir fêter à Londres (9).

Lorsque Louis-Philippe, quelques jours plus tard, revint en France, les populations, sur son passage, témoignèrent, par la chaleur de leur accueil, leur satisfaction de ce voyage qui con­solidait cette grande politique de paix et de bonne intelligence avec l'Angleterre, qui était bien l'œuvre personnelle du Roi et de son mi­nistre, M. Guizot.

Ùn accident qui faillit coûter la vie à la famille royale presque tout entière, eut lieu à Eu, dans cet automne de 1844. Le Roi, accompagné de la Reine, de la Duchesse d'Orléans, du Comte de Paris, du Duc de Chartres, du Prince de Join­ville, du Duc d'Aumale et des jeunes Princesses, était allé en char-à-bancs visiter une batterie d'artillerie, près du Tréport, avait fait tirer un coup de canon au jeune Comte de Paris, alors âgé de six ans et qui avait bravement mis le feu à la pièce. Pour revenir, il fallait traverser sur une écluse un pont, dont les garde-fous étaient à peine visibles. La Reine et la Duchesse d'Or­léans voulaient descendre de voiture, le Roi s'y refusa. Au même moment, un coup de canon re­tentit, les chevaux prennent peur, trois tombent à l'eau. Heureusement le postillon des timoniers parvient à retenir les chevaux avec un rare sang-­froid, au moment où ils allaient franchir le pa­rapet. La famille royale était sauvée !

 

(5) Le Roi Louis-Philippe. Liste Civile. Pages 193 et 194.

(6) La Providence n'a pas permis que ce précieux carnet périt au milieu du pillage et de l'incendie. Une main fidèle a pu le re­mettre au Roi, pur et intact des atteintes du 21 février.

(7) C'est ce courrier qui, le 20 mars 1815, annonça à Paris l'arrivée de Napoléon.

(8) Mémoires pour servir à l'histoire de mon temps, par M. Gui­zot. Tome IV, page 217.

(9) Voir la correspondance de S.A.R. Madame Adélaïde avec le Roi Louis-Philippe, à propos de ce voyage. - Page 357 et suiv

 

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Jean-Pierre Vigineix - dans Livres anciens
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1 novembre 2008 6 01 /11 /novembre /2008 05:12
Livre du marquis de Flers paru en 1891, E. Dentu éditeur, Librairie de la Société des gens de lettres.
Ceci n'est que le neuvième chapitre d'une série de douze.

Première partie (début)

LE ROI LOUIS-PHILIPPE
VIE ANECDOTIQUE
1773-1850

par le Marquis de Flers
 

CHAPITRE IX

Ce que fut le Gouvernement de Juillet. - Le Roi et le minis­tère Casimir Périer. - La vie intime du Roi. - Il visite les travaux du Louvre et des Tuileries. - Le Roi au Conseil. Le Roi au Palais de Versailles. - Un tableau du Duc de Nemours. - Les manufactures de Sèvres et des Gobelins. ­Rapports du Roi avec l'Académie française et la littérature. - Bontés du Roi envers la Comédie-Française. - Les con­certs aux Tuileries. - Les soirées au Palais. - Les veilles du Roi. - Opinion de Victor Hugo. - Anecdote sur la détention de la Duchesse de Berry.- Anecdote du courrier de poste. ­Anecdotes : Louis-Philippe et le gamin de Neuilly. - Au bal : le domestique infidèle. - Bienfaisance de la Reine Marie Amélie. - Le marchand de vin de Bordeaux. - Visite à Eu de la Reine d'Angleterre. - Souvenirs de la jeunesse de Louis-Philippe. - Le Roi Louis-Philippe à Windsor. - Un accident à Eu.

 

Il n'entre pas dans le cadre de ce récit de retracer combien la France fut grande et pros­père pendant les dix-huit années que dura la Monarchie de Juillet. Rappelons seulement que sous ce gouvernement, la France fit la conquête de l'Algérie, où fut formée notre brave armée qui, six années après la révolution de février, combattit glorieusement en Crimée ; le royaume de Belgique fut fondé malgré la mauvaise humeur de la plupart des puissances, et principale­ment de la Prusse, qui recula devant le langage énergique tenu alors par le ministère français : la Turquie fut soustraite à la protection exclu­sive de la Russie; l'Égypte, redevable de son indépendance uniquement à la France, se cons­titua sous le gouvernement d'une vice-royauté héréditaire ; Paris reçut enfin des fortifications, les forces militaires du pays furent considé­rablement accrues, et en 1840, au moment où M. Thiers, alors ministre, allait témérairement entraîner la France dans une guerre européenne, ce fut le Roi qui, se séparant de son ministre, évita à la France, par sa sagesse et sa haute pru­dence, les dangers d'une guerre européenne.

Et cependant on ne savait pas gré alors au Roi du bon sens qu'il montrait et de l'intelligence avec laquelle il faisait prévaloir sa volonté.

Ces formules idiotes : la paix à tout prix ­– l’abaissement continu - la halte dans la boue ; partaient d'un bureau quelconque de journal chargé de tenir lieu d'esprit à une multitude d'imbéciles. Comme on l'a dit si justement, « nous savons aujourd'hui à quoi nous en tenir sur les divers prix de la paix, les divers degrés d'abais­sement et les diverses épaisseurs de boue ! Quelle solidité de bon sens ne fallut-il pas, quel instinct des véritables intérêts du pays, pour ré­sister à une impulsion redoublée, chaque matin, par les rumeurs de la rue, par les épigrammes des salons, par les provocations de la tribune, par les rodomontades de la presse ! Quelle sagacité, pour distinguer ce qu'il y avait de révolution­naire dans ces explosions d'un prétendu patrio­tisme, pour deviner que cette furieuse envie de rendre à la France son lustre, cachait le désir, non moins vif, d'ôter au Roi sa couronne ? » (1)…  

Le comte de Nesselrode n'avait-il pas raison, au moment même où la Monarchie s'écroulait (le 24 février 1848), de s'exprimer ainsi dans une dépêche diplomatique adressée à Lord Palmerston :

 

« La France aura gagné à la paix plus que ne lui aurait donné la guerre. Elle se verra environnée de tous côtés par un rempart d'États constitutionnels, organisés sur le modèle français, vivant de son esprit, agissant sous son influence... »

 

C'était véritablement cette politique persévé­rante et généreuse, ennemie des excès révolution­naires et amie des évolutions libérales, qui, sous la direction du Roi Louis-Philippe, contribua puissamment au bonheur de la France.

Les adversaires les plus avérés de la monarchie de Juillet l'ont loyalement reconnu depuis. Un écrivain légitimiste des plus distingués, le vicomte Armand de Pontmartin, raconte qu'au temps du tyran Louis-Philippe on aimait à se moquer du Roi sortant avec son parapluie.

... « Qu'y avait-il donc sous ce parapluie ? moi qui n'étais pas de la paroisse, au contraire !... je puis l'avouer, à présent que nos passions sont apaisées, et que, pour être conséquents, nous sommes forcés de nous contredire. Il y avait l'équilibre des pouvoirs ? le respect des libertés et des lois, les vraies conditions de la Monarchie constitutionnelle et du gouvernement au grand jour ; il y avait la sagesse d'un souverain mûri par l'adversité, instruit par l'expérience, admira­blement renseigné sur tous les détails de la poli­tique extérieure et des chancelleries européennes, se débattant contre une situation fausse qui affaiblissait son autorité, au moment où elle lui devenait le plus nécessaire, et l’obligeait de garder l'étiquette révolutionnaire en combattant la ré­volution. Il y avait tout ce qui nous a manqué depuis sa chute : l'allègement graduel de l'impôt du sang, la juste proportion entre les dépenses et les recettes, l'influence assurée aux plus capables, l'exercice des droits, mesuré d'après la faculté de les exercer en connaissance de cause, les ga­ranties données à l'ordre, à l'industrie, au com­merce, à l'agriculture, aux finances publiques, aux fortunes privées. Il y avait enfin l'émouvant spectacle d'un roi, servant de point de mire à tous les artistes en assassinat, se demandant, à chacune de ses sorties, s'il ne sera pas fusillé à bout portant par Barbès ou par Alibaud, par Darmès ou par Meunier, par Lecomte : singulier aveuglement du régicide refusant de comprendre que la mort tragique d’un roi entouré d'une si belle famille était le plus sûr moyen de fonder sa dynastie !...

Un trait peu connu du Roi Louis-Philippe montrera combien ce Prince faisait passer l'intérêt de l'État avant son intérêt personnel.

           Au mois de décembre 1830, M. Lafitte, président du Conseil, avait, d'accord avec tous les ministres, déposé à la Chambre des députés un projet de loi concernant la liste civile du nouveau Roi qui devait être fixée à 18 millions. Ce projet reconnaissant le principe de l’apanage des Ducs d'Orléans, en attribuait la jouissance à l’héritier du trône quand il aurait atteint dix-huit ans, et fixait des dotations pour les autres princes et princesses de la famille royale. Cette disposition donnait, par le fait, au Prince Royal, un revenu de deux millions, en économisant au Trésor toute dotation pour l'héritier présomptif. Aucun président du Conseil n'était plus apte que M. Laffite à le faire voter, grâce à ses nombreuse relations avec les députés de la gauche. S'il n'était plus ministre, la situation changeait. Le Roi le savait ; mais lorsqu'il vit M. Lafitte avoir avec la gauche une politique de concession et de faiblesse qui nuisait au Gouvernement, il n'hésita pas à rassurer le parti conservateur en formant le cabinet où Casimir Périer montra une énergie et une intelligence si, remarquables. Le nouveau ministère crut devoir, avec le consente­ment du Roi réduire de 18 millions à 12 la liste civile du Souverain, écarta le principe de l'apa­nage pour le Prince Royal, et rendit les dotations éventuelles.

Casimir Périer eut, pendant tout son ministère, l'appui ferme et constant du Roi, qui, en véritable Souverain constitutionnel, le soutint, même lors­que ses sentiments étaient blessés, comme lors­que le cabinet le força de sanctionner la loi qui bannissait les membres de la branche aînée de la Maison de Bourbon. Pendant tout son règne, pas un jour, pas une heure, le Roi n'eut d'autre souci que le bien de l'État, négligeant toujours ce qui pouvait le toucher personnellement.

A peine monté sur ce trône qu'il n'avait jamais ambitionné, le Roi ne changea rien à sa vie de fa­mille, et ne modifia ni ses goûts, ni ses habitudes.

Levé à huit heures, il lisait d'abord ses lettres et expédiait les affaires les plus urgentes. Puis à neuf heures, dans son cabinet de toilette, la Reine et ses enfants venaient le retrouver. Pendant que le Roi se rasait lui-même, la conversation était gaie, pleine d'abandon, et il se plaisait à répondre aux questions de ses plus jeunes enfants. Il prenait un soin minutieux de ses dents qu'il avait fort belles. A dix heures, le Roi déjeu­nait sobrement, puis il allait visiter les travaux de maçonnerie que l'on exécutait presque cons­tamment au Palais des Tuileries ou au Louvre. Souvent ses habits étaient couverts de plâtre, car il aimait à s'entretenir avec les ouvriers qui, en exécutant ses ordres, ne se doutaient presque jamais qu'ils parlaient au Roi. On reprochait à Louis-Philippe, dans son entourage, de trop aimer la truelle. - « C'est vrai, disait le Roi à son ministre et ami, le comte de Monta­livet, mais je suis en trop bonne compagnie pour ne pas en prendre mon parti. Saint Louis, François Ier, Henri IV, Louis XIV et Napoléon ont aussi beaucoup aimé la truelle. Qui le sait mieux que moi ? ma truelle, à moi, qu'on fait si infatigable et si prodigue, est insuffisante à restaurer tous les monuments élevés par eux. D'ailleurs, ajoutait-il, c'est un beau défaut pour un Prince que d'aimer à bâtir ; s'il est par là condamné aux quolibets des hommes de loisir, il en est bien consolé par les bénédictions de tous ceux qui travaillent !... »

Ces excursions du Roi se terminaient vers midi, heure à laquelle se tenait le Conseil des ministres. Le Roi y assistait toujours et laissait se développer librement devant lui les opinions les plus contra­dictoires. Louis-Philippe était un de ces souve­rains qui veulent tout savoir, tout connaître, afin de se bien rendre compte de l'état du pays. Un jour M. Thiers, à la fin d'une discussion, disait devant lui : « On ne me trompera pas, Sire, car je suis bien fin... - Soit, répliqua le Roi, mais je le suis plus que vous, car je ne le dis pas ».. Pendant le Conseil des ministres, tout en écoutant attentivement, Louis-Philippe dessinait à la plume, sur une feuille de papier, des figures de fantaisie, qui souvent étaient fort bien faites. Le jour de la tentative d'assassinat d'Alibaud, le Roi avait dessiné un groupe d'oiseaux aquatiques que l'on se disputa après la séance, car ces croquis étaient très recherchés par les ministres, sans que leur auteur se soit jamais douté de la valeur qu'on y attachait.

Après le Conseil, le Roi signait des ordon­nances, examinait quelques affaires, ou se livrait à sa correspondance intime; puis, vers quatre heures, il retournait visiter ses travaux des Tuileries, du Louvre, et, quelques années plus tard, du Palais de Versailles qu'il faisait restaurer magnifiquement (2). Pendant les cinq ou six mois que le Roi passait aux Tuileries, c'était au Louvre qu'il se rendait principalement. Il avait fait établir un salon, avec tous les objets du temps de Henri IV que l'on avait pu retrouver ; car il professait un culte profond pour le Béarnais. Souvent il s'approchait des peintres pendant qu'ils travaillaient. MM. Alaux, Court, Delacroix, Horace Vernet, Couder, recueillaient avec soin les observations toujours justes du Souverain. Il n'oubliait pas qu'en 1793 il avait été professeur de dessin au collège de Reichenau. Un jour, au grand désespoir de M. Couder, il lui fit recom­mencer un tableau pour les galeries de Versailles; représentant la fête de la Fédération en 1790, parce qu'il n'était pas exactement reproduit d'après ses souvenirs, et paya 25 000 francs pour ce travail : « C'est une rature un peu cher, dit-il, mais je la dois à l'histoire ».

Voici comment il s'exprimait devant le comte de Montalivet sur ce tableau de la fête de la Fédération :

« C'est une belle peinture, disait-il au peintre, M. Couder, mais ce n'est point la Fédération de 1790. Vous vous êtes trompé d'époque, monsieur Couder ; en 90, la minorité n'était pas encore devenue maîtresse de la Révolution. Le désordre était sur le second plan, pourquoi l'avoir mis au premier ? tous ces gens-là sem­blent vouloir escalader le trône ou ébranler l'autel de la patrie ; ils ne le feront que trop tôt. Où sont les 130 000 acteurs de cette grande scène, députations accourues des divers points du territoire ? Où est cette acclamation solennelle d'une grande force organisée, qui était alors plus nationale que révolutionnaire ? j'y étais, monsieur Couder ; j'ai vu tout ce que je viens de vous rappeler ; cela vaut mieux que cette journée de près ou de loin. Voilà la vérité de votre sujet, abordez-le franchement, et recommencez votre tableau. »…

Le Roi Louis-Philippe tenait essentiellement à ce que les œuvres d'art exécutées sous son règne fussent une exacte reproduction de la vérité his­torique. Cette anecdote prouve qu'il faisait pour cela tous les sacrifices nécessaires.

Une autre fois, au Palais de Versailles, un peintre lui soumet le projet de décoration d'une salle destinée à perpétuer le souvenir de son gou­vernement. Le Roi lui écrivit : «  …Vos renom­mées sont trop grandes : quelles dimensions réservez-vous à celles de Marengo et d'Auster­litz ? Restons ce que nous sommes. Nous n'en paraîtrons pas plus petits. Représentez l'agriculture, le commerce, l'industrie et les arts protégés ; montrez la paix se reposant sur l'épée de la France, en face de la Loi, domi­nant toutes les situations, même la mienne, et j'ose croire que la postérité reconnaîtra les principaux traits de mon règne. »

C'était là un digne et beau langage. Nous avons vu, hélas ! depuis, d'autres gouvernements élever des statues disproportionnées, entourées de renommées tapageuses : œuvres vides et vaines, que la postérité ne reconnaîtra pas...

Ce Prince, qu'on a si injustement accusé de parcimonie, paya 23 millions et demi, sur sa liste civile, pour la restauration du Palais de Versailles. Il surveilla et dirigea tout lui-même. Comme on lui faisait observer qu'il serait impolitique de consacrer des salles aux souvenirs glorieux de la Restauration, avec les portraits de Louis XVIII et Charles X. - « Non, répondit Louis-Philippe, je ne reculerai pas devant la passion populaire, et je la ferai taire en la bravant. Tout ce qui est honorable pour la France, doit être honoré !... »

La haute impartialité du Roi eut raison de la passion ; les salles furent ouvertes, et l'unanime applaudissement du pays, à la vue du magnifique palais de Louis XIV, sauvé de la destruction et de la ruine, donna pleinement raison à Louis-­Philippe : l'appel fait par la royauté à l'apaise­ment des passions avait été entendu et compris.

         Le Roi remarqua, à l'Exposition annuelle de peinture, une aquarelle signée d'un nom inconnu, représentant un combat en Afrique. L'exécution était bonne, et l'engagement avec les Arabes était rendu avec tant de vérité, que l'œuvre plût beaucoup au Roi qui fit manifester à l'auteur son désir de l'acquérir. Quelle fut sa surprise et sa satisfaction quand on lui nomma le Duc de Ne­mours, soldat de la glorieuse campagne de Cons­tantine, devenu le peintre de l'un de ses épi­sodes. Le tableau fut placé dans le cabinet du Roi. Il fut détruit, comme tant d'autres objets précieux, le 24 février 1848, au pillage des Tuileries (3).

Non seulement Louis-Philippe donnait aux artistes d'importantes commandes, mais, après un rapport annuel, plusieurs d'entre eux durent la croix de la Légion d'honneur à l'intervention personnelle du Roi, et des subventions même furent accordées, sur la liste civile, aux moins fortunés.

Les manufactures de porcelaine de Sèvres, des tapisseries des Gobelins et de Beauvais furent réorganisées avec soin. Le Roi trouva, à la tête de la manufacture de Sèvres, M. Brongniart, l'ami de Cuvier, qui, depuis 1801, dirigeait la manu­facture, où il avait été placé par le premier Consul. Il l'appelait souvent, pour s'entretenir avec lui des moyens de rendre à la manufacture son ancien éclat.

Le Roi, qui était un charmant causeur, aimait à s'entourer d'hommes d'esprit : le comte Molé, qui avait beaucoup vu et vécu à la cour de Napoléon, était un de ceux avec lesquels il s'entretenait volontiers. Quelque temps après la Révolution de Juillet, Louis-Philippe était bien aise de n'avoir plus à subir ces familiarités, ces rudesses, ces rugosités révolutionnaires, démocratiques ou bourgeoises qui, l'a si bien dit A. de Pont­martin, furent probablement le cilice des pre­mières années de son règne. Avec M. Molé, il était sûr de n'avoir pas à entendre comme le bruit des clous d'un soulier ferré : - «  Sire, lui dit un jour le président de la Chambre, M. Dupin, nous ne serons jamais d'accord sur cette ques­tion ! - Je le pensais, monsieur Dupin, mais je n'aurais jamais osé vous le dire… ».

Le gouvernement royal avait les vues les plus hautes en matière religieuse. Si, par une déplo­rable faiblesse des autorités préfectorales, il n'a­vait pu empêcher les excès à Saint-Germain-­l'Auxerrois et à l'Archevêché, en 1831, il voulait que la liberté des cultes fut entière, et M. Guizot déclarait que la première condition pour cela était qu'aucun culte ne fût insulté. Le Duc de Broglie, ministre de l'Instruction publique et des Cultes, évitait avec beaucoup de clairvoyance, par sa modération, les embarras ou les périls de conflits que l'impatience de certains ministres aurait amenés. Il détournait le Roi de s'enferrer dans quelques-unes de ces querelles théologiques où, disait-il : « On ne tarde pas à avoir, contre soi, toutes les bonnes âmes, pour soi, tous les vauriens ». -  « Vous avez bien raison, lui ré­ pondait le Roi ; il ne faut jamais mettre le doigt dans les affaires de l'Église, car on ne l'en  retire pas : il y reste. »… .

Louis-Philippe aimait les lettres, et un des premiers actes de son règne fut d'assurer, sur sa cassette personnelle, une pension aux descen­dants de Corneille : l'Académie française fut chargée de ce soin. Grâce aux bontés du Roi, le républicain Fontan eut ses derniers jours assu­rés, et Charles Nodier put éviter de vendre sa bibliothèque, dont il allait se séparer avec déses­poir. On pourra juger à quel point le Roi favorisa les arts, les lettres et l'industrie, quand on saura que pendant tout son règne, Louis-Philippe al­loua aux musées, aux manufactures royales, au service du mobilier de la Couronne, aux haras, et aux bibliothèques une somme de cinquante millions 868 000 francs, soit en moyenne à peu près trois millions par an.

Ce Prince s'intéressa beaucoup aussi à l'art dramatique et musical : la musique de Grétry, qui avait charmé sa jeunesse, était celle qu'il pré­férait. Ce fut sur son conseil qu'Adam orchestra, selon le goût du jour, Grétry, Richard Cœur de Lion. On le remonta tout exprès pour le Roi, et l’opéra fut joué d’abord au palais de Fontainebleau ; deux ans après, le Déserteur, de Monsigny, était exécuté à Saint-Cloud et aux Tuileries. Il faisait aussi souvent venir aux Tuileries ou à Saint-Cloud les artistes de la Comédie-Française. Celle-ci avait beaucoup de dettes, mais le Roi était son principal créancier, et il lui remit successivement pour 324 000 francs de loyers ; presque mourant, en 1850, il lui faisait encore une nouvelle remise de 124 000 francs. « La Comédie-Française, disait le Roi, est l’orgueil de notre pays ; l'Opéra n’en est que la vanité ». M. Auber venait souvent le mardi aux Tuileries, diriger des concerts qui charmaient Louis-Philippe. Adam, mandé au palais, joua souvent, devant le Roi, qui y prenait un plaisir infini, des morceaux d'Armide, de Gluck, et la célèbre romance de Martini : Plaisirs d’amour. L’auditoire se composait uniquement de la famille royale et de la maison du Roi et de la Reine. On choisissait les vingt-quatre meilleurs élèves du Conservatoire qui chantaient, devant le Roi et Madame  Adélaïde, sa sœur, les œuvres contemporaines de leur jeunesse. Le programme en était toujours arrêté par Madame Adélaïde.

Pour terminer ce tableau de la vie ordinaire du Roi, nous dirons que souvent, en sortant de ses visites aux artistes, Louis-Philippe jetait un regard mélancolique sur la place du Louvre, se rappelant, avec regret, le temps où il parcourait seul les rues de Paris, son parapluie sous le bras, parapluie qu'on a tellement et si injustement tourné en ridicule. Un soir, ayant entendu un de ses aides de camp reprocher à un capitaine de la garde nationale de s'asseoir crotté à la table royale : « Ne lui faites donc pas de repro­ches, il est bien heureux de pouvoir se crotter ainsi... ». Les jours ordinaires, la Reine s'as­seyait seule à table, avec ses enfants et Madame Adélaïde, quand venait l'heure du dîner, car le Roi n'arrivait souvent qu'au milieu du repas. Chaque soir, hors le mardi et le vendredi ré­servés à l'intimité de la famille, les salons des Tuileries s'ouvraient aux ambassadeurs, aux pairs de France, aux députés et à tous les fonction­naires d'un rang élevé. De huit heures à dix heures et demie, le Roi était facilement acces­sible, se plaisant dans les conversations sérieuses et utiles, ayant lui-même une conversation pleine de savoir et d'abandon. Louis-Philippe avait beau­coup vu, il contait bien, et aimait à conter. Lorsqu'un étranger de distinction venait au Pa­lais, le Roi, qui parlait plusieurs langues avec une extrême facilité, lui adressait la parole dans son idiome natal, et il le faisait de manière à sé­duire ceux qui étaient les moins bienveillants.

Vers dix heures et demie, onze heures au plus tard, le Roi retournait dans son cabinet, et, dans l'isolement des premières heures de la nuit, exa­minait les affaires les plus importantes qui lui étaient soumises. Souvent la Reine venait l'arra­cher à ses travaux, et, vers une heure ou deux heures du matin, il se décidait enfin à aller pren­dre quelques heures de sommeil, pour recom­mencer le lendemain sa vie laborieuse.

Louis-Philippe avait des mœurs austères; ja­mais ses ennemis les plus acharnés ne purent attaquer sa vie privée. Doux et bon avec ses ser­viteurs, il tenait à ce qu'ils s'acquittassent exacte­ment de leur tâche. Il exigeait une régularité ponctuelle, beaucoup d'ordre et de propreté. En­freindre ces règles, c'était s'exposer à des re­proches, d'autant plus pénibles qu'ils étaient adressés avec mesure. Ses adversaires eux-mêmes lui ont rendu justice. Victor Hugo, dans un ma­gnifique portrait de ce Roi honnête homme (4) dé­clare qu'il était bon parfois jusqu'à être admi­rable…

« Souvent, au milieu des plus graves soucis, après une journée de lutte contre toute la di­plomatie du continent, il rentrait le soir dans son appartement, et là, que faisait-il ? il prenait un dossier, et il passait la nuit à réviser un procès criminel, trouvant que c'était quelque chose de tenir tête à l'Europe, mais que c'était une plus grande affaire encore que d'arracher un homme au bourreau. Il s'opiniâtrait contre son garde des sceaux; il disputait pied à pied le terrain de la guillotine aux procureurs gé­néraux, ces bavards de la loi, comme il les ap­pelait. Quelquefois les dossiers empilés cou­vraient sa table, il les examinait tous ; c'était une angoisse pour lui d'abandonner ces misérables têtes condamnées. Un jour il disait à un de ses ministres : « Cette nuit j'en ai gagné sept... Pendant les premières années de son règne, la peine de mort fut comme abolie, et l'échafaud relevé fut une violence faite au Roi… Après la machine de Fieschi il s'écriait : « Quel dommage que je n'aie pas été blessé ! j'aurais pu faire grâce ». Une autre fois, faisant allu­sion aux résistances de ses ministres, il écri­vait, à propos d'un condamné politique... « Sa grâce est accordée, il ne me reste plus qu'à l'obtenir ». Louis-Philippe était doux comme Louis IX et bon comme Henri IV.

 

(1) Derniers Samedis, par A. de Pontmartin.

(2) La restauration du Palais de Versailles, commencée en 1833, fut achevée en 1837, et l'inauguration eut lieu à l'occasion du mariage du Duc d'Orléans.

(3) Rappelons que les dévastations qui eurent lieu dans le domaine privé de Louis-Philippe, le 24 février 1848, s'élevèrent, pour les bâtiments, objets d'art, bibliothèques, mobilier, écuries et caves, au chiffre total de 6 938 051 francs.

(4) Les Misérables, par Victor Hugo.


à suivre

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Jean-Pierre Vigineix - dans Livres anciens
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25 octobre 2008 6 25 /10 /octobre /2008 06:45

Demande de changement d'écriture du nom

 

Archives départementales du Puy-de-Dôme, cote U 7958.

 

A Messieurs

Messieurs les présidents et juges

Composant le tribunal civil de première

instance de l'arrondissement d'Issoire.

M. Annet Viginet, propriétaire, demeurant à Saillant, commune de Saint-Nectaire, ayant Me Ondet pour avoué constitué.

A l'honneur de vous exposer.

Que de son légitime mariage avec Marie Delaigue est issu le 26 9bre [novembre] 1859 un enfant du sexe masculin qui a reçu le prénom d'Annet dans son acte de naissance dressé le 27 9bre 1859 à la mairie de la com­mune de Saint-Nectaire.

Que le nom véritable de l'exposant est Viginet ainsi que l'établissent l'acte de mariage et de naissance de l'exposant, mais que par erreur et dans l'acte de naissance de son fils, l'officier de l'état civil de la commune de Saint-Nectaire en a modifié le nom et l'a écrit Vigineix.

Qu'i! importe à l'exposant de faire rectifier cette erreur ; c'est pourquoi il demande qu'i! vous plaise Messieurs ordonner que l'acte de naissance de son fils soit modifié en ce sens que le mot Viginet sera substitué au mot Vigineix pour désigner le nom de l'exposant et de son fils et ordonner que mention de cette rectification sera faite en marge de l'acte rectifié.

Ce sera justifié.

Soit communiqué à Monsieur le procureur de la République.

Issoire le 21 avril 1880.


 
 

21 avril 1880.

Aujourd'hui vingt et un avril mil huit cent quatre vingt, à l'audience publique du tribunal civil d'Issoire, où siégeaient MM. Passion, président, Allezard et Jauret, juges ; présents MM. de Thiéret de Luyton, substitut du procureur de la République et Fournier, commis greffier.

Vu la présente requête, ouï M. le président en son rapport et M. le sub­stitut du procureur de la République dans ces conclusions.

Attendu qu'i! est justifié par les pièces produites que c'est par erreur que dans l'acte de naissance d'Annet Viginet, fils de l'exposant, dressé en la mairie de la commune de Saint-Nectaire le vingt sept novembre 1859, le nom patronymique du père a été écrit Vigineix tandis que la véritable ortho­graphe du nom de famille de l'exposant est Viginet.

Attendu qu'i! importe que cette erreur soit rectifiée.

Par ces motifs, le tribunal après en avoir délibéré conformément à la loi, ordonne la rectification de l'acte de naissance d'Annet Viginet dressé en la mairie de la commune de Saint-Nectaire le vingt sept novembre 1859, en ce sens que le nom patronymique du père de l'enfant écrit par erreur Vigineix, sera substitué par celui de Viginet, qui est la véritable orthographe du nom, dit que la mention de cette rectification sera faite en marge de l'acte réfor­mé tant sur les registres de la commune de Saint-Nectaire, que sur les doubles déposés au greffe du tribunal, dit qu'à l'avenir, il ne pourra être délivré expédition de cet acte sans la mention de la dite rectification, dit enfin que le présent jugement sera transcrit sur les registres de la com­mune de Saint-Nectaire de l'année courante, le tout conformément aux dis­positions des articles 101 du code civil et 857 du code de procédure civile et condamne l'exposant aux dépens.

Enregistré à Issoire le vingt trois avril 1880, folio 184, case 2. Reçu neuf francs trente huit centimes décimes comp.

 

Le petit Viginet, n°25, juin 2008
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18 octobre 2008 6 18 /10 /octobre /2008 06:04

Mariage à Alger en 1901 entre

Marie Louise VIGINET et Joseph Jean Wacheux

 

Voici le texte d'un mariage concernant Marie Louise VIGINET trouvé au Centre des archives de l'outre-mer à Aix­-en-Provence :

 

Mariage du sieur Wacheux et de la demoiselle VIGINET.

L'an mil neuf cent un, le 23 mars à 3 h 3/4 du soir.

Acte de mariage de Monsieur Wacheux Joseph Jean, pro­fession de comptable, né à Médéa, département d'Alger, le 3 juin 1871, demeurant rue Sadi-Carnot, 68, à Mustapha, près Alger, avec sa mère, fils majeur et légitime de Wacheux Joseph Jean décédé au dit Médéa le 14 février 1891 et de Lacassy Marie, sans profession, ici présente et consentant.

Le futur déclare sous serment avec sa mère que l'acte de décès qu'il produit concerne bien son père qui y est dési­gné avec un prénom de plus que dans son acte de nais­sance, déclaration renouvelée par les témoins.

D'une part.

Et de demoiselle VIGINET Marie Louise, sans profession, née à Monsempron [actuellement Monsempron-Libos], département de Lot-et-Garonne, le 1er octobre 1876, demeurant à Alger, rue Rovigo, 36, fille majeure et légitime de VIGINET Antoine et de Soubiret Louise, décédés tous deux, le premier à Douaoura, commune de Koléa, le 19 août 1889, le second à Alger, le 20 septembre 1900, acte n° 172 de nos registres.

La future déclare sous serment que les aïeux sont décé­dés. mais qu'elle ignore le lieu de leur décès et leur dernier domicile, déclaration renouvelée par les témoins.

Elle atteste, en outre, sous serment, avec les témoins que l'acte de décès qu'elle produit concerne bien son père dont le nom patronymique n'y est pas orthographié comme dans son acte de naissance.

D'autre part.

Les publications de mariage ont été faites la première, le dimanche 10 mars 1901 à midi, et la seconde le dimanche suivant, et affichées aux termes des articles 63 et 64 du Code civil ainsi qu'à Mustapha, sans opposition.

Après lecture, faite, aux termes de la Loi, de toutes les pièces réglementaires produites en bonne forme qui sont restées ci-annexées et paraphées ainsi que le chapitre VI, du titre V du Code civil, intitulé Du Mariage, articles 212 et suivants, et après avoir interpellé les futurs époux et la per­sonne, ici présente appelée à consentir d'avoir, conformé­ment à la loi du 10 juillet 1850, à déclarer s'il a été fait un contrat de mariage, ils nous ont répondu non.

Nous avons ensuite demandé aux futurs époux s'ils vou­laient se prendre pour mari et pour femme. Chacun d'eux nous a répondu séparément et affirmativement.

En présence des quatre témoins ci-après, savoir :

Monsieur Réal Auguste, architecte, âgé de 44 ans, demeurant à Alger, non parent des futurs.

Monsieur Baldy Jules, employé de commerce, âgé de 25 ans, demeurant à Mustapha, non parent des futurs.

Monsieur Wacheux Alfred, comptable, âgé de 45 ans, demeurant à Mustapha, frère du futur.

Monsieur Wacheux Henri, mécanicien, âgé de 41 ans, demeurant à Mustapha, frère du futur.

Ensuite de quoi, Nous Rouquet Bernard, adjoint au maire de la ville d'Alger, délégué pour remplir les fonctions d'officier de l'état civil, avons prononcé au nom de la Loi que Monsieur Wacheux Joseph Jean et Mademoiselle VIGI­NET Marie Louise sont unis par le mariage.

Et après lecture en présence de tous, ils ont signé, avec Nous, et les témoins, le présent acte qui a été fait double dans le local ordinaire de la mairie où le public a été admis.

La mère de l'époux ne sait signer.

  Le petit Viginet, n°26, septembre 2008

 

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11 octobre 2008 6 11 /10 /octobre /2008 07:55

Reconstitution d’une descendance Vigineix

dont une grande partie dans le Loiret

 

Première génération

Antoine VIGENEIX (VIGINEIX, VIGINIE, VIRGINIE, VIGINET...) qui épouse N.

Enfant :

François (1).


Deuxième génération
  

Francois décédé entre 1767 et 1781 qui épouse à Aydat le 7 février 1736 Marthe SAVIGNAT baptisée vers 1711 et décédée à Aydat le 27 mars 1781.

Enfants :

Bertrand (1.1),
Antoinette (1.2).


Troisième génération
  

1.1. Bertrand dit Franchoux baptisé à Aydat le 24 mars 1737 qui épouse à Aydat le 27 janvier 1767 Anne GAUTIER née à Aydat le 3 mai 1746 [père Antoine, mère Magdeleine VIGINEIX décé­dée à Aydat le 21 janvier 1749].

Enfants :

Antoinette (1.1.1),
Jean (1.1.2),
Marthe (1.1.3),
François (1.14),
Jean (1.1.5),
Bertrand (1.1.6),
Nectaire (1.1.7),
Bertrand (1.1.8),
Jean (1.1.9),
Joseph (1.1.10).


1.2. Antoinette baptisée à Aydat le 1er octobre 1739.
 


                                                        Quatrième génération
1.1.1. Antoinette baptisée à Aydat vers 1768.


1.1.2. Jean
, terrassier, vigneron, propriétaire, baptisé à Aydat le 18 mars 1768 et décédé à Beaune-la-Rolande (Loiret) le 24 octobre 1860 qui épouse à Beaune-la-Rolande le 19 novembre 1804 Catherine Geneviève FOUCHER baptisée à Beaune-Ia­Rolande le 11 août 1780 et décédée à Beaune-la-Rolande le 24­ février 1863 [père Nicolas, mère Catherine CHAUVETTE].

Enfants :

Barbe Geneviève (1.1.2.1),
Jean-Pierre (1.1.2.2),
Luc (1.1.2.3),
Geneviève Félicitée (1.1.24),

Louis Jacques (1.1.2.5),
Louise Geneviève (1.1.2.6),
Pierre Mathurin (1.1.2.7),

Catherine Sébastienne (1.1.2.8),
Julie Désirée (1.1.2.9),
Antoine Désiré (1.1.2.10).


1.1.3. Marthe
baptisée à Aydat le 18 octobre 1770 et décédée à Aydat
le 1er décembre 1770.


1.1.4. François
baptisé à Aydat le 30 janvier 1773.

1.1.5. Jean
baptisé à Aydat le 18 mars 1776.


1.1.6. Bertrand
baptisé à Aydat le 10 mai 1778.


1.1.7. Nectaire
, cultivateur, charpentier, menuisier, baptisé à Aydat le 2 septembre 1780 et décédé avant le 27 juillet 1861 qui épouse au Vernet-Sainte-Marguerite le 28 novembre 1807 Marie COURTIALE baptisée avant 1783 et décédée avant le 27 juillet 1861 [père Pierre, mère Marguerite COUGOUL].

Enfants :

Guillaume (1.1.7.1),
Antoine (1.1.7.2).


1.1.8. Bertrand
baptisé à Aydat le 9 mars 1783 et décédé à Aydat le 15 mars 1783.


1.1.9. Jean
baptisé à Aydat le 1er août 1784.

1.1.10.
Joseph baptisé à Aydat le 6 mai 1787.


Cinquième génération
  

1.1.2.1. Barbe Geneviève née à Beaune-la-Rolande le 28 juillet 1804­ et décédée à Beaune-la-Rolande le 19 octobre 1804.


1.1.2.2. Jean-Pierre
, cordonnier, né à Beaune-la-Rolande le 24 ­février 1806 qui épouse à Beaune-la-Rolande le 30 janvier 1834 Marie Madeleine DESSIENNE née à Bromeilles (Loiret) le 9 novembre 1807 [père Etienne, mère Marie Madeleine DEVILLIERS].  


1.1.2.3. Luc
né à Beaune-la-Rolande le 10 avril 1808 et décédé à Beaune-la-Rolande le 31 août 1808.


1.1.24.
Geneviève Félicitée née à Beaune-la-Rolande le 3 juin 1809 et décédée à Beaune-la-Rolande le 5 juin 1809.


1.1.2.5. Louis Jacques, cordonnier, né à Beaune-la-Rolande le 24 février 1812 qui épouse à Beaune-la-Rolande le 14 octobre 1839 Reine Félicitée DUCHESNE née à Beaune-la-Rolande le 3 mai 1815.

Enfants:

Adolphe Désiré (1.1.2.5.1),
Louise Félicitée Adèle (1.1.2.5.2),

Louis Félix (1.1.2.5.3),
Jules Désiré (1.1.2.54),
Albert Auguste (1.1.2.5.5),
Marie Louise (1.1.2.5.6).


1.1.2.6. Louise Geneviève
née à Beaune-la-Rolande le 17 avril 1814 et décédée à Beaune-la-Rolande le 8 avril 1857 qui épouse à Beaune-la-Rolande le 23 novembre 1839 Jean BOUVET [père Jean, mère Françoise ROGER].


1.1.2.7. Pierre Mathurin
né à Beaune-la-Rolande le 9 novembre 1815 et décédé à Beaune-la-Rolande le 13 novembre 1819.


1.1.2.8. Catherine Sébastienne
née à Beaune-la-Rolande le 2 octo­bre 1816 et décédée à Beaune-la-Rolande le 25 octobre 1821.


1.1.2.9. Julie Denise
, couturière, née à Beaune-la-Rolande le 20 novembre 1819 et décédée à Beaune-la-Rolande le 14 mars 1857 qui épouse à Beaune-la-Rolande le 8 avril 1850 Etienne SAUNIER, terrassier, né à Beaune-la-Rolande le 5 septembre 1821 [père Etienne, mère Gabrielle MOUTON].


1.1.2.10.
Antoine Désiré, vigneron, cultivateur, né à Beaune-la-­Rolande le 11 juillet 1821 et décédé après 1869 qui épouse en premières noces à Beaune-la-Rolande le 8 juin 1846 Anne Elisabeth CHENOY, cultivatrice, vigneronne, née à Beaune-la-Rolande le 21 avril 1824 et décédée à Beaune-la­-Rolande le 17 avril 1857 [père Paul, mère Elisabeth SOU­DANNE] qui épouse en secondes noces à Egry (Loiret) le 24 ­septembre 1857 Judith (Melinot) Anne Anastasie Judit DESPREST, couturière, née à Egry le 15 janvier 1824 décé­dée en 1862 [père Paul, mère Françoise Mathurine BAR­NAULT] et qui épouse en troisièmes noces à Beaune-la­-Rolande le 9 mars 1865 Marie Victoire CHENOY née à Beaune-la-Rolande le 3 juillet 1826 [père Mathurin Etienne, mère Marie Madeleine DURAND].


1.1.7.1. Guillaume
, employé au Mont de Piété, né à Aydat le 7 décembre 1810 et décédé à Paris (Ve) le 9 juin 1877 qui épou­se à Paris (Ier) le 27 juillet 1861 Marie BARALLIER (BARILLEY), cuisinière, née à Belmont (Jura) le 25 février 1817 [père Jean Baptiste, mère Marie LABOURON].

Enfant :

Nectaire Aristide Marie Alphonse (1.1.7.1.1).


1.1.7.2. Antoine
né à Aydat le 8 avril 1813.


Sixième génération

1.1.2.5.1. Adolphe Désiré, cordonnier, né à Beaune-la-Rolande le 29 août 1840 et décédé à Beaune-la-Rolande le 21 février 1875 qui épouse à Beaune-la-Rolande le 7 août 1865 Désirée Louise BRANGEON née à Beaune-la-Rolande le 25 octobre 1844 et décédée en 1928 [père Jean Pierre, mère Denise BARNAULT].

Enfants :

Adolphe Louis Eugène (1.1.2.5.1.1),
Julia Lucile Victorine (1.1.2.5.1.2),
Maurice Félix Isidore (1.1.2.5.1.3),
Mathilde Adolphine (1.1.2.5.1.4),
Alice Désirée (1.1.2.5.1.5),

Marie Clarisse Adolphine (1.1.2.5.1.6).
 

1.1.2.5.2. Louise Félicitée Adèle, couturière, née à Beaune-la-­Rolande le 7 décembre 1841 qui épouse à Beaune-la-­Rolande le 7 septembre 1862 Jacques Philippe FAU­VELLE, tisserand, né le 2 février 1841 [père Sébastien, mère Françoise Madeleine BROUTIN].
 

1.1.2.5.3. Louis Félix, cordonnier, né à Beaune-la-Rolande le 16 octobre 1843 qui épouse en premières noces à Auxy le 21 octobre 1867 Augustine Rosalie MOULIN née à Auxy le 16 août 1845 et décédée à Auxy le 3 octobre 1872 [père Pierre, mère Florence Désirée GROSBOIS] et qui épouse en secondres noces à Beaune-la-Rolande le 25 avril 1873 Lucile PAYEN [père Firmin, mère Louise LUCHE].

Premières noces :

Enfant :

Berthe Rosalie (1.1.2.5.3.1a).


1.1.2.54. Jules Désiré
né à Beaune-la-Rolande le 26 janvier 1846 qui épouse à Beaune-la-Rolande le 19 avril 1869 Joséphine Marie Geneviève MORLET, lingère, née à Beaune-la-­Rolande le 10 octobre 1848.

Enfant :

Louis Paul (1.1.2.54.1).
 

1.1.2.5.5. Albrt Auguste à Beaune-la-Rolande le 1er octobre 1849.
 

1.1.2.5.6. Marie Louise née à Beaune-la-Rolande le 28 décembre 1852 et décédée à Beaune-la-Rolande le 8 avril 1935 qui épouse à Beaune-la-Rolande le 7 janvier 1878 Auguste Désiré PERTHUIS décédé avant 1935.


1.1.2.10.1a. Julie Elisabeth
née à Beaune-la-Rolande le 23 octobre 1847.


1.1.2.10.2a. Marie Désirée
née à Beaune-la-Rolande le 23 sep­tembre 1849.


1.1.2.10.3a. Mélanie Désirée
née à Beaune-la-Rolande le 6 octobre 1853 et décédée à Beaune-la-Rolande le 15 décembre 1926 qui épouse en premières noces Adolphe Auguste Alfred DURAND et qui épouse en secondes noces à Beaune-la-Rolande le 3 mai 1869 Désiré Florentin HENRY, vigneron, né à Auxy le 16 avril 1856.


1.1.2.104b.
Eugénie née à Beaune-la-Rolande le 24 avril1862 et décédée à Beaune-la-Rolande le 19 novembre 1942 qui épouse à Beaune-la-Rolande le 20 juin 1881 Jules Prosper BARNAULT décédé avant 1942.


1.17.1.1. Nectaire Aristide Marie Alphonse
né à Paris (Ier) le 19 septembre 1861.
 

Septième génération

1.1.2.5.1.1. Adolphe Louis Eugène, curé, né à Beaune-la-Rolande le 11 avril 1867 et décédé à Chevillon-sur-Huillard (Loiret) le 12 février 1914.
 

1.1.2.5.1.2. Julia Lucile Victorine, mercière, modiste, née à Beaune-la-Rolande le 16 septembre 1868 et décédée à Beaune-la-Rolande le 6 février 1948.
 

1.1.2.5.1.3. Maurice Félix Isidore né à Beaune-la-Rolande le 13 sep­tembre 1869 et décédé à Beaune-la-Rolande le 5 octobre 1869.


1.1.2.5.14. Mathilde Adolphine
née à Beaune-la-Rolande le 2 mai 1871 et décédée à Beaune-la-Rolande le 23 août 1871.
 

1.1.2.5.1.5. Alice Désirée née à Beaune-la-Rolande le 17 septembre 1872 et décédée à Marseille (Bouches-du-Rhône) le 11 octobre 1948 qui épouse Auguste François CROISSANT né à Autry-le-Château (Loiret) le 5 février 1868 [père Florent Désiré Jean, mère Louise Solange TOUSSAINT].


1.1.2.5.1.6. Marie Clarisse Adolphine
née à Beaune-la-Rolande le 19 mai 1874 et décédée à Beaugency (Loiret) le 30 décembre 1954.


1.1.2.5.3.1a. Berthe Rosalie
, couturière, née à Auxy le 28 septembre 1870 qui épouse à Auxy le 28 février 1889 Anatole Eugène PILLETTE, cultivateur, né à Loury (Loiret) le 8 avril 1861 [père Pierre Constant, mère Caroline Céleste DELABRAZE].


1.1.2.54.1. Louis Paul
né à Beaune-la-Rolande le 5 mars 1870 et décédé à Beaune-la-Rolande le 24 décembre 1881.

La rédaction tient à remercier très sincèrement la société historique Les Amis de l'Histoire de Beaune dont nous avons, pour la mise au point de cette généalogie, emprunté une partie des données publiées en juillet 2007 dans leur bulletin.

Tous renseignements auprès de Les amis de l'Histoire de Beaune, Mairie, 45340 Beaune-la-Rolande (
richard.jean@wanadoo.fr). 
 

Le petit Viginet, Numéro spécial descendance (II), 2008


Certains renseignements sont manquants, donc si vous découvrez lors de vos investigations des compléments, n’hésitez pas à contacter l’adresse du blog, et nous publierons, bien sûr, ces ajouts.

 
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Jean-Pierre Vigineix - dans Descendance
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6 octobre 2008 1 06 /10 /octobre /2008 06:14
Livre du marquis de Flers paru en 1891, E. Dentu éditeur, Librairie de la Société des gens de lettres.
Ceci n'est que le huitième chapitre d'une série de douze.

LE ROI LOUIS-PHILIPPE
VIE ANECDOTIQUE
1773-1850

par le Marquis de Flers
 

CHAPITRE VIII 
La Révolution de Juillet. - Déclaration des députés. - Le Duc d'Orléans à Neuilly puis à Paris. - Abdication de Charles X. - Le Duc d'Orléans, lieutenant-général du royaume. ­La mission du colonel Caradoc auprès de Charles X. Cu­rieux détails. - Les dépêches du Duc de Wellington. - Hé­sitations du Duc d'Orléans. - Louis-Philippe Ier, Roi des Français. - Traits de bonté envers la branche aînée de la famille royale. - Lettre du Roi s'opposant à la confiscation de Chambord. - Courage de Louis-Philippe pendant l'émeute du 6 juin 1832. - Les trois députés chez le roi. ­Sa popularité.

 

Pendant que le peuple combattait à Paris, et que les régiments de la ligne passaient à l'insur­rection à la vue du drapeau tricolore, le Duc d'Orléans se tenait à Neuilly entouré de sa famille, à l'exception du Duc de Chartres qui se trouvait à Joigny avec le régiment dont il était colonel. Chaque coup de canon produisait la plus vive émotion: « Pauvre Paris ! Pauvre France !... » s'écriait douloureusement le Prince.

Le jeudi 29, le Louvre et les Tuileries étaient pris comme la veille l'avait été l'Hôtel-de-Ville; on annonça, à onze heures, à Neuilly, la retraite des troupes sur Rambouillet où était Charles X. MM. Dupin et Persil, députés, vinrent le lende­main apprendre au Duc d'Orléans qu'une quaran­taine de députés, réunis chez M. Laffitte, avaient résolu de conférer au Prince le titre de lieutenant-­général du royaume, en l'invitant à se rendre immédiatement à Paris. Voici quel était le texte exact de la résolution prise par les députés :

 

La réunion des Députés actuellement à Paris, a pensé qu'il était urgent de prier S.A.R. Monseigneur le Duc d'Orléans de se rendre dans la capitale pour y exercer les fonctions de lieutenant-général du royaume et de lui exprimer le vœu de conserver les couleurs nationales. Elle a, de plus, senti la nécessité de s'occuper sans relâche d'assurer à la France, dans la prochaine session des Chambres, toutes les garanties indispensables pour pleine et entière exécution de la Charte.

Paris, ce 30 juillet 1830 (1).

 

Suivent les signatures.

La Duchesse d'Orléans et Madame Adélaïde répondirent que le Duc n'était plus à Neuilly. Il ne revint du Raincy que le soir, et lut, au flambeau, dans le parc, la résolution des quarante députés auxquels, depuis le matin, s'étaient joints beau­coup de leurs collègues. Inspiré par le seul désir de sauver Paris et la France du désordre qui pouvait suivre une insurrection si formidable, le Duc d'Orléans, accompagné de MM. de Berthois, Heymes et Oudard, vêtus tous en bourgeois, avec la cocarde tricolore, rentra au Palais-Royal, le 30 au soir, par la maison de la rue Saint-Ho­noré, 216, n'entendant sur son passage, à tous les postes, que les cris de : « Vive la Charte! ». Le lendemain matin, 31 juillet, la lutte avait cessé, et on lisait sur tous les murs la pro­clamation suivante :

 

Habitants de Paris !

Les Députés de la France, en ce moment réunis à Paris, m'ont exprimé le désir que je me rendisse dans cette capitale pour y exercer les fonctions de lieutenant-général du royaume. Je n'ai pas balancé à venir partager vos dangers, à me placer au milieu de votre héroïque popu­lation et à faire tous mes efforts pour vous préserver des calamités de la guerre civile et de l'anarchie.

En rentrant dans la ville de Paris je portais avec orgueil les couleurs glorieuses que vous avez reprises et que j'avais moi-même longtemps parlées.

Les Chambres vont se réunir et aviseront aux moyens d'assurer le règne des lois et le maintien des droits de la nation.

La Charte sera désormais une vérité.

LOUIS-PHILIPPE D'ORLÉANS.

 

Les députés se rendirent officiellement, en corps, au Palais-Royal, pour saluer le Prince et l'accompagner à l'Hôtel-de-Ville. Le Duc d'Or­léans, à cheval, traversa au pas une foule immense qui l'acclamait sur son passage, et telle était sa popularité que pas un cri discordant ne retentit. Il fut reçu à l'Hôtel-de-Ville par la commission municipale, parut au balcon avec le général de Lafayette, tenant à la main le drapeau tricolore et, quand il revint au Palais-Royal, l'ovation fut telle, qu’il eut peine à s'y soustraire. Et cet enthousiasme du peuple parisien était sincère, car dans cette foule, sans police pour la maintenir, un attentat impuni eût été si facile !...

Le soir, à neuf heures, la Duchesse d'Orléans et ses enfants arrivaient au Palais-Royal.

La première ordonnance du lieutenant-général prescrivit de reprendre les couleurs nationales, et la seconde, de convoquer les Chambres pour le 3 août.

Charles X confirma cette nomination de lieu­tenant-général du royaume, à Rambouillet, par ordonnance royale du 1er août, et, dans la nuit du 2 au 3 août, le Duc d'Orléans reçut la double abdication du Roi et du Duc d'Angoulême en faveur du Duc de Bordeaux. Le 3 eut lieu l'ou­verture des Chambres, et le 4, le Moniteur annonça que la double abdication de Charles X et de son fils avait été déposée aux archives de la Chambre des Pairs.

Pourquoi le Prince insista-t-il pour le dépôt aux archives de l'acte d'abdication du roi Char­les X, alors qu'il avait déjà le pouvoir en mains, sans le titre de Roi qu'on allait lui offrir ? Parce que, quoiqu'en aient dit certains écrivains, le Duc d'Orléans, soutenu en cela énergiquement par la Duchesse d'Orléans, envisageait avec peine, avec douleur même, la nécessité dans laquelle il allait se trouver d'être Roi. On a cru, chez ce Prince honnête et grand politique, à une ambition démesurée, et à je ne sais quelle cons­piration permanente contre les aînés de sa race. Nullement, et nous allons prouver que c'est bien malgré lui qu'il fut proclamé Roi des Français le 9 août 1830.

A peine le Duc d'Orléans avait-il reçu la double abdication dans la soirée du 2 août, qu'il s'adressa à lord Stuart, ambassadeur d'Angleterre à Paris, pour qu'il autorisât un officier anglais, le colonel Caradoc (depuis lord Howden), attaché à l'ambassade d'Angleterre, à aller trouver Charles X de la part du nouveau lieutenant-général du royaume. Lord Stuart et le colonel Caradoc y consentirent, et le fait est relaté en détails dans deux publications (2).

Voici ce qui se passa :

Le colonel se rendit au Palais-Royal le 3 août, et le Duc d'Orléans lui remit un billet qui fut cousu dans le collet de son habit ; il était ainsi conçut : « Croyez, sire, tout ce que le colonel Caradoc vous dira de ma part. Louis-Philippe d’Orléans ». Le colonel, malgré les ordres sévères donnés aux barrières, parvient sans passeport à sortir par la barrière de l’Etoile, où il était connu. Il prend la poste, et arrive à deux heures de distance de l'endroit où Charles X et la famille royale s'étaient arrêtés pour passer la nuit, puis il monte à cheval et continue sa route à travers champs. Charles X le reçoit avec empressement el lui demande avec anxiété des nouvelles de Paris. L'officier anglais lui raconte tout ce qu’il sait, remet au Roi des journaux et, lui montrant la lettre du Duc d'Orléans, lui fait part des propositions de son cousin. Puis il fait entrevoir au Roi que la présence du jeune Duc de Bordeaux aux côtés du lieutenant-général était indispensable pour rendre courage à ses partisans, et décider la Chambre des Pairs à se prononcer. Il lui fait remarquer quelle importance avait le dépôt aux Archives de l'acte d’abdication, ca il rappelle à tous qu'un enfant innocent est enveloppé dans le naufrage de la Monarchie. Il insiste pour ramener avec lui le Duc de Bordeaux. Le Roi fait immédiatement mander la Duchesse de Berry, la met au courant de la situation, et lui déclare qu'il est tout disposé à accepter. La Du­chesse de Berry fait les plus vives objections, et ajoute qu'elle ne croirait jamais l'enfant en sû­reté loin d'elle-même. Le colonel se retire alors, et deux heures après, repart pour Paris, pendant que trois commissaires, MM. de Schonen; Odilon-Barrot et le maréchal Maison, nommés par le Gouvernement provisoire à Paris, arrivaient au­près de Charles X pour protéger sa retraite jus­qu'à Cherbourg, où toute sa famille s'embarqua avec lui le 16 août.

Les trois commissaires s'acquittèrent avec tact de leur délicate mission, et purent prévenir des excès auxquels une population égarée et surexcitée aurait pu se livrer. M. Odilon-Barrot raconte, dans ses Mémoires, qu'à la fin de ce voyage, la Du­chesse de Berry faisant sans doute allusion à la mission du colonel Caradoc, lui avait dit : « Que serait-il arrivé si je m'étais rendue à l'Hôtel-de-­Ville, et si j'avais placé le Duc de Bordeaux sur les genoux du Duc d'Orléans ? - Madame, ré­pondit-il, il est probable que ni vous, ni moi, ne serions ici.

Le duc de Wellington était alors le chef du ministère anglais, et les événements qui se pas­saient à Paris le plaçaient dans une situation difficile. C'était au moment des élections générales anglaises et de l’agitation réformiste. L’excitation des esprits était extrême contre les torys, et le duc de Wellington sentait bien que le pouvoir allait lui échapper. Il était à la fois de mauvaise humeur contre Charles X et contre le gouvernement provisoire français, redoutant les complications qui peut-être allaient surgir, et compromettre la paix de l'Europe. Des instructions très nettes avaient été envoyées à l'ambassadeur d’Angleterre à Paris, lord Stuart de Rothsay, lui prescrivant la neutralité la plus absolue. Il fut donc très irrité quand lord Aberdeen lui envoya une lettre de l'ambassadeur et le rapport dans lequel le colonel Caradoc rendait compte de la mission qui lui avait été confiée par le Duc d'Or­léans. Aussi, dans sa réponse à lord Aberdeen, le août 1830, le duc de Wellington ne cache pas sa mauvaise humeur...

 

« Lord Stuart ne paraît pas se douter que dans l'état où se trouve Paris, ce qui peut être vrai un jour ne l'est plus le lendemain. Lorsque le Duc d'Orléans demandait que le Duc de Bordeaux fut laissé en France auprès de lui, et indiquait que c'était la seule chance de sauver la dynastie, l'intervention de lord Stuart aurait pu servir à quelque chose, à la condition de ne pas mettre en cam­pagne une des personnes attachées à l'ambassade, et même, dans ce cas, cette intervention de l'ambassadeur aurait été contraire aux intentions de son gouvernement et aux principes que ce gouvernement a toujours soute­nus. Mais c'était au moment où il recevait l'acte d'ab­dication du Roi, que le Duc d'Orléans s'était adressé à lord Stuart. Les événements accomplis entre cet ins­tant et le départ du colonel Caradoc tendaient à établir en France un nouvel ordre de choses, et à faire passer la couronne au Duc d'Orléans. C'est alors que le colonel Caradoc presse Charles X de laisser en France son petit-­fils, en lui disant que c'est le seul moyen d'amener le peuple à se prononcer en sa faveur !

Supposons que le Roi suive ce conseil, et qu'il laisse en France son petit-fils, qu'un parti se déclare pour lui, et que la guerre civile s'ensuive ? Sur qui portera la responsabilité ? Nous aurons beau jurer nos grands dieux que nous n'y sommes pour rien, personne ne voudra croire que lord Stuart ait agi sans ordres, et l'on sera convaincu que nous avons voulu pousser à la guerre civile. Supposons que le jeune Prince vienne à périr, nous serions à jamais déshonorés. Mon seul espoir est que le bon sens du Roi Charles X, et son affection pour son petit-fils, l'empêcheront de suivre le conseil absurde qu'on lui donne, et de prêter l'oreille aux détestables arguments qu'on emploie pour le convaincre. »

 

Le 16 août, le duc de Wellington écrit encore à lord Aberdeen : ...

 

« Je ne crois pas que nous puissions laisser lord Stuart à Paris. Son intervention auprès de Charles X sera connue aussitôt que les Commissaires qui ont accompagné ce Prince à Cherbourg seront de retour, et le gouvernement anglais sera compromis par cette folle démarche. Nous ne pouvons avouer que Louis-Philippe désirait voir le Duc de Bordeaux rester en France, et que lord Stuart s'est chargé de communiquer ce désir au Roi. Nous n'avons donc pas autre chose à faire que de le rap­peler... »

 

Il restera donc acquis à l'histoire que le Duc d'Orléans, avant d'accepter la couronne, chercha à faire proclamer Roi le Duc de Bordeaux. Était-il sincère ? Ses actes dans les jours qui suivirent la Révolution de Juillet le prouvent. Que l'on veuille bien remarquer que le colonel Caradoc, messager du Duc d'Orléans, n'était pas seulement chargé de demander que le Duc de Bordeaux restât en France, mais de le ramener à Paris avec lui, si Charles X y avait consenti. Le Duc d'Orléans était ainsi dans l'impossibilité de se délier. Or, le Prince devait croire que le Roi accueillerait d'autant mieux l'envoyé, que c'était un diplomate connu de lui, et de nature à lui inspirer toute confiance. On a vu plus haut qu'en effet Charles X songea à remettre le jeune prince au colonel Ca­radoc ; il le savait homme d'honneur, et l'inter­vention de l'ambassade anglaise dans cette affaire était une garantie de la sincérité du Duc d'Or­léans.

Il est évident que la présence du jeune Duc de Bordeaux à la Chambre des députés, aux côtés du nouveau lieutenant-général du royaume, entrant, tenant par la main le royal enfant, aurait donné du courage à ses partisans et aurait peut-être décidé les Chambres en faveur d'Henri V. La publication de l'acte d'abdication de Charles X au Moniteur rappelait aussi à ceux qui se pré­paraient à disposer du trône, qu'un enfant inno­cent était enveloppé dans le naufrage de la mo­narchie, et mettait l'opinion publique en demeure de se prononcer.

Le colonel Caradoc revint à Paris, et parut fort surpris que le Duc d'Orléans ignorât encore l'échec de sa mission auprès de Charles X. Il rendit compte en détails, à Louis-Philippe, de l'insuccès de sa démarche et du refus absolu op­posé par la Duchesse de Berry.

Le nouveau lieutenant-général du royaume avait eu soin, jusqu'alors, de donner constam­ment au nouveau gouvernement un caractère essentiellement provisoire. Dans ses proclama­tions, dans ses discours à l'Hôtel-de-Ville et aux Chambres, il ne parlait que du respect dû à la Charte, et de la nécessité de la maintenir. Le Moniteur lui ayant fait dire dans sa proclamation : Une Charte sera désormais une vérité, il faisait rectifier le lendemain et insérer ; le lieutenant-­général a dit : La Charte sera désormais une vérité.

Le Duc d'Orléans avait su choisir pour la dé­licate mission auprès de Charles X le colonel Caradoc, qu'il considérait comme un loyal, in­telligent et brave officier ; cette mission ayant échoué, on lui fit observer que le provisoire ne pourrait durer longtemps sans laisser tous les partis livrés à de folles espérances, et exposer ainsi le pays à des déchirements intérieurs qui amè­neraient la guerre civile. On insista de toutes parts pour qu'une résolution décisive fut prise, main­tenant que toute entente était devenue impossible avec la branche aînée de la Maison de Bourbon.

Le Duc d'Orléans attendit cependant encore un jour avant de céder, s'entretint de la situation avec le prince de Talleyrand, et fit prendre l'avis des principaux membres du Corps diplomatique accrédités à Paris, lord Stuart de Rothsay, le comte Pozzo di Borgo, le baron de Werther, le comte Appony. Ceux-ci envisagèrent la Révo­lution de 1830 comme le pendant de la Révolu­tion de 1688 en Angleterre ; ils engagèrent donc vivement le Duc d'Orléans à accepter la couronne. On assure même que, dans une entrevue secrète au Palais-Royal, M. Pozzo di Borgo dit au lieute­nant-général : « Acceptez la couronne, Mon­seigneur, c'est le plus grand service que Votre Altesse Royale puisse rendre à l'Europe, à l'ordre et à la paix ».

Frappé par ces unanimes sympathies, et aussi par les nouvelles de la province, où le nouvel état de choses avait été acclamé, où la vue du drapeau tricolore provoquait partout un enthou­siasme indescriptible, le Duc d'Orléans accepta enfin résolument le nouveau rôle qu'il était appelé à remplir après cette révolution prévue par lui, mais qu'il avait tout fait pour empêcher, en donnant à Charles X des conseils qui ne furent jamais écoutés.

Le 9 août 1830, les Chambres appelaient au trône Louis-Philippe d'Orléans, Duc d'Orléans. Celui-ci, après avoir prêté serment à la Charte constitutionnelle, fut proclamé Roi des Français, sous le nom de Louis-Philippe Ier.

Peu de jours après, Charles X étant sans res­sources, envoya un de ses amis à Paris, pour emprunter 600 000 francs. Celui-ci s'adressa au nouveau Roi, en lui montrant le message où il était dit que Charles X avait besoin de 600 000 francs en or, et que le porteur devait faire en sorte de les lui procurer. Louis-Philippe écrivit immédiatement au baron Louis, ministre des finances, en déclarant qu'il couvrirait le trésor de cette avance, et les 600 000 francs furent remis entre les mains du général X., qui les porta le jour même à Charles X, sans lui dire comment il avait pu se les procurer. Trois se­maines plus tard, le Roi Louis-Philippe rachetait le haras de Meudon au Duc d'Angoulême, le payant 100 000 francs, le double de l'évaluation présentée par l'administrateur du haras, au nom du prince. Enfin, l’année suivante, le Roi Louis­-Philippe apprit qu’une partie des effets de Charles X avait été saisie en Écosse, que la liberté même du vieux Roi était compromise. Un de ses créanciers de la première émigration, M. de Pfaffenhoffen avait vainement réclamé devant les Chambres françaises pendant toute la Restauration, de 1815 à 1830 , et poursuivant son royal débiteur, il s’armait de toute la rigueur des lois françaises et anglaises. Louis-Philippe fit rechercher, sans tarder, l’impitoyable créancier, avec ordre à son mandataire, de traiter à tout prix avec lui. L’affaire, activement conduite par M. Casimir Périer, fut heureusement et  promptement terminée. Au moyen du paiement immédiat de 100 000 francs, et de la constitution d'une rente annuelle et viagère de 10 000 francs payable par avance, le comte de Pfaffenhoffen renonça au bénéfice du jugement qu'il avait obtenu en Écosse contre le Roi Charles X. Ce Prince ignora tou­jours les dangers qu'il avait courus.

Un peu plus tard, on voulut confisquer Cham­bord, et le Roi Louis-Philippe s'y opposa avec énergie. Voici ce qu'il écrivait alors de sa propre main :

 

Je préviens Monsieur le Président du Conseil des Mi­nistres, que ma conscience et mon serment ne me per­mettant pas de sanctionner aucune mesure contraire à. la Charte, je regarderais comme synonyme de la confis­cation, qu'elle a proscrite impérativement, tout séquestre et toute obligation de vendre des biens possédés en France, quel que fût le délai alloué pour faire ses ventes, car, selon ma conscience, toute obligation de vendre est une confiscation.

LOUIS-PHILIPPE.

Ce mercredi, 23 mars 1831.

 

Noble et beau langage chez un souverain n'hé­sitant pas à s'opposer à ses ministres et à se montrer plus soucieux du respect absolu de la propriété que ne devait l'être un autre Chef d'État en 1852.

Le Roi félicita vivement le Président du tribunal de Blois, M. Bergevin, député de Loir-et-­Cher en 1846, du jugement fortement motivé, par lequel le tribunal maintenait M. le Comte de Chambord en possession du château et de la terre que le Gouvernement avait prétendu le forcer à aliéner.

L'année suivante, en juin 1832, la France entière put constater combien était grande alors la popularité du Roi Louis-Philippe.

Les républicains, qui sentaient leur cause perdue dans l'opinion publique, crurent la rétablir par une insurrection. Les obsèques du général La­marque servirent de prétexte. Dans la soirée du 5 juin 1832, des barricades furent élevées dans les rues Montmartre, Saint-Denis, Saint-Martin, et le cloître Saint-Méry fut le centre de la résistance.

Dès que le Roi eut connaissance, à Saint-Cloud, de la gravité des événements, il dit à la Reine, qu'il partait pour Paris. Celle-ci lui répondit qu’elle l’y accompagnerait. Mais  Louis-Philippe, sans attendre que l’escorte fut prête, monta à cheval à 9 heures et demie du soir, suivi seulement de quelques­ officiers. Des paysans, sur la route, le saluèrent des cris de : « Vive le Roi !... il n’a pas peur, c’est un brave !...     .

Dès son arrivée aux Tuileries, il visita les postes, et de là se rendit au Carrousel, où élait la première légion de la garde nationale et un régiment de ligne. Partout il fut chaleureusement acclamé : « Que ne puis-je, disait-il, parcourir ainsi toutes les rues ! ma présence ferait plus que les coups de fusil, mais on m'attaque, je dois me défendre. Au reste, mes amis, soyez tranquilles, tout cela sera peu de chose, car le peuple est avec nous !...    

A minuit, les ministres étaient réunis au Palais des Tuileries, et demandaient que la ville fut immédiatement déclarée en état de siège. Le Roi fit ajourner la décision au lendemain. A 6 heures du matin, il alla voir les gardes nationales de la banlieue, qui étaient descendues à Paris pendant la nuit.

Le 6 juin à 11 heures, Louis-Philippe montait à cheval, accompagné du maréchal Soult, ministre de la guerre, et du comte de Montalivet, ministre de l'intérieur. Il passa en revue les troupes réu­nies sur la place de la Concorde et les Champs-­Élysées. Puis il suivit les boulevards jusqu'à la place de la Bastille, se rendit à la barrière du Trône, en parcourant le faubourg Saint-Antoine, et revint, par les quais, aux Tuileries.

Si la cause du Roi n'eût pas été populaire, elle le serait devenue dans cette journée, de l'aveu même de l'opposition. Près de la rue Planche-­Mibray, un coup de fusil fut entendu à une cin­quantaine de pas du lieu où se trouvait le Roi. On lui fit observer qu'il s'exposait beaucoup : « Mes enfants sont ma meilleure cuirasse, ré­pondit-il ». D'une barricade peu éloignée, on vit un ouvrier agiter sa casquette, en criant : « Bravo, le Roi !... et peu après, la barricade était aban­donnée par des hommes qui comprenaient déjà la folie de leur criminelle tentative.

Pendant que la garde nationale et l'armée risquaient leur vie pour la défense de l'ordre, trois députés de l'opposition, MM. Laffitte, Arago et Odilon-Barrot sollicitaient une audience du Roi : elle leur fut accordée sur l'heure. On verra plus loin comment nous sommes en mesure d'éclaircir, par un document autographe venant du cabinet du Roi, un des points essentiels de cette conversation qui, en somme, n'était qu'une longue récrimination et une injuste critique de tous les actes du Gouvernement.

Pendant ce temps, le canon grondait : Fardeur de la garde nationale, qui montra un courage remarquable, et qui fut vigoureusement secondée par l'armée, amena promptement la fin de cette émeute. La lutte la plus sanglante avait eu lieu au cloître Saint-Méry et rue Saint-Martin. Quand la tranquillité eût reparu, la mise en état de siège de Paris fut établie pendant quelque temps, sur les nouvelles instances de M. Thiers, malgré l'avis contraire du Roi, qui ne céda que lorsque la majorité du Conseil des ministres se fût 'pro­noncée pour cette mesure.

Grâce à la sagesse, à l'habileté et à la crois­sante popularité de Louis-Philippe, non seule­ment l'émeute fut réprimée partout, mais le gou­vernement s'affermit, appuyé, soutenu, encouragé par la province autant que par Paris. La pré­sence du Roi dans les rues, son courage froid, tranquille, pendant l'émeute, son affabilité avec les habitants qui l'approchaient très facilement, et qui pouvaient tous l'entretenir quelques instants, enthousiasmèrent la garde nationale et la popu­lation.

Il y eut, plus tard, d'autres émeutes, les factieux sont incorrigibles, mais le peuple, qui sait se souvenir, résista longtemps aux plus violentes excitations et soutint la monarchie jusqu'au jour où le Roi, trop confiant et vieilli, laissa ses nouveaux ministres, Thiers et Odilon-Barrot, re­fuser au maréchal Bugeaud le droit d'écraser une poignée d'insurgés. Que ne se souvenait-il de 1832 !...

 

              (1) La pièce originale fait partie de la collection d'autbographes de M.le marquis de Flers: Le fac.similé en est reproduit ci-contre.

              (2) Correspondance de Donoso Cortez publiée en 1880 par le comte d'Antioche, clans uu volume intitulé : Deux diplomates.

             - Dépêches, correspondances et mémorandums du feld-maréchal, duc de Wellington, 2e série, tome VII. (Le tome VII a paru à Londres en 1878.)

 


 

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