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15 mars 2007 4 15 /03 /mars /2007 12:07

Cet article reprend (en trois parties) l'intégralité du texte paru.

Ce petit fascicule de 40 pages a été certainement distribué après la guerre aux combattants ou aux familles des disparus.

Dans la liste des décédés se trouve Jean VIGINEIX.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie

Ont droit qu'à leur cercueil, la foule vienne et prie.

(Victor Hugo).

 

 

 

Encadrement du 324e Régiment d'Infanterie

Le 9 août 1914

ETAT-MAJOR

Lieutenant-Colonel CLÉDAT DE LA VIGERIE

Capitaine GOACHET

              Lieutenant COLIN              

Lieutenant d'ABOVILLE

Sous-Lieutenant COURTEMANCHE

Sous-Lieutenant OUTARDEL

Sous-Lieutenant GRAND

Médecin-Major LUTROT

L'Abbé PERRIN, Aumônier

5e Bataillon

Commandant JEANSON

Médecin aide-major OGER

17e Compagnie

Capitaine BABIN

Lieutenant PIRAULT

Lieutenant DE QUATREBARBES

18e Compagnie

Capitaine LACROIX

Lieutenant CLÉMENT

Sous-Lieutenant WEISGERBER

19e Compagnie

Capitaine BOURGAULT-DUCOUDRAY

Lieutenant BODENREIDER

Sous-Lieutenant LEMAIRE

20e Compagnie

Capitaine BLANDIN

Lieutenant KAHN

Sous-Lieutenant ARLON

6e Bataillon

Commandant BLACHON

Médecin aide-major MATIGNON

21e Compagnie

Capitaine DELPHAUT

Lieutenant STÉVENOT

Sous-Lieutenant FÉRON

22e Compagnie

Capitaine CHAMORIN

Lieutenant BEYNEL

Lieutenant DU COUÉDIC DE KERGOLAER

23e Compagnie

Capitaine TRICOTTET

Lieutenant JUILLARD

Lieutenant DAUVERNÉ

24e Compagnie

Capitaine DE LAMBERT

Sous-Lieutenant MÉTAYER

Sous-Lieutenant ALEX

 

 

1914

Formé à deux bataillons, 5e et 6e, et comprenant au total 36 officiers, 140 sous-officiers, 2 079 hommes de troupe et 121 chevaux, le 324e Régiment d'Infanterie placé sous le Comman­dement du Lieutenant-Colonel CLEDAT DE LA VIGERIE, quitta La­val, sa garnison de Mobilisation, les 9 et 10 août 1914.

Débarqué dans la région de Verdun les 10 et 11, cantonné à Bras et à Vacherauville, le 324e constitua avec les 303e et 330e d'infanterie, la 108e Brigade commandée par le Général BUISSON d'ARMANDY.

Les 107e et 108e Brigades, qui composaient la 54e Division de réserve sous les ordres du Général CHAILLEY, occupèrent, dès le 14 août, la zône fortifiée comprise entre les jumelles d'Ornes incluses et les hauteurs de Damvillers incluses, puis le 17 se transportèrent dans la zône Eix, Moulainville, Blanzée, Châtillon-sous-les-Côtes, Vatronville et Ronvaux, et finalement firent mou­vement vers le nord les 21, 22 et 23 août, liant leur marche à celle du 6e corps (3e armée), qui prenait l'offensive en direction de Longuyon, et le couvrant en arrière et à droite.

COMBAT DE SPINCOURT

Le 23, l'aile droite du 6e corps étant menacée par un mouve­ment enveloppant, la 54e D.I. de réserve doit parer à ce dan­ger et s'organise défensivement dans la région de Spincourt, le 324e étant en réserve entre Vaudancourt et la Ferme de la Folie, avec deux compagnies dans Spincourt, en réserve d'A.P., les 17e et 19e.

Le 24, à 10 heures, l'ennemi prépare son attaque par un bombardement des plus violents sur Spincourt. La ligne de feu s'étend peu à peu vers le sud, dans la direction d'Etain. Vers 15 heures, une première attaque des Allemands échoue sous le feu foudroyant de nos 75. 15 h 55, la 54e D.I. reçoit l'ordre d'attaquer à son tour. Le 6e Bataillon, sous les ordres du Commandant BLACHON, ayant en réserve les 18e et 20e Cies, sous les ordres du Commandant JEANSON, traverse le long glacis de 1 800 mètres qui descend sur Spincourt, sous la protection des 17e et 19e Cies qui tiennent le village et la voie ferrée. Comme à l'exercice, le 324e s'avance, les compagnies en ligne de sections par 4, à 30 pas. Ses pertes ne l'arrêtent pas. Le Commandant JEANSON est tué : il tombe en criant : « Que personne ne bouge ! ». Un seul obus éclatant au milieu d'une section de la 20e Cie blesse ou tue 34 hommes : le Capitaine BABIN, dans Spincourt, est frappé d'une balle au coeur. A 17 h 30, la zône de mort est franchie. A 18 heures, partant de l'abri que lui a offert un instant le remblai du chemin de fer, l'assaut se déclan­che sur les pentes sud-ouest et sud du bois de Rachoux ­- cote 240. Au moment où se produit l'abordage, la sonnerie de « Halte­-là » retentit. Il y a flottement dans la ligne, et malgré les clai­rons qui sonnent la charge pour répondre à la sonnerie trai­tresse de l'ennemi, malgré le Commandant BLACHON qui vient de rouler par terre - frappé d'une balle en pleine poitrine qui, ricochant heureusement sur sa médaille coloniale, ne le blesse que légèrement - et se relève, fusil en main, en criant « En avant ! », l'attaque est brisée par les mitrailleuses allemandes qui profitent du court moment d'arrêt pour faucher les rangs des assaillants.

Sous la protection de la 19e Cie qui tient toujours la voie fer­rée, le 324e se replie, d'abord sur Vaudancourt, puis, pendant la nuit sur Ornes où il tient par ses A.P., les Jumelles d'Ornes.

Les Allemands n'entrèrent dans Spincourt que le 25, à 6 h du matin.

Les pertes du 324e dans ce combat du 24 août ont été de : 2 chefs de bataillon, 3 capitaines, 5 lieutenants, 1 sous-lieute­nant, 24 sous-officiers, 306 soldats, tués, blessés ou disparus.

Dans la nuit du 26 au 27, pour parer à un danger imminent, la 54e D.I. se porte dans la région de Spada en une seule étape de 60 kilomètres sous une pluie diluvienne.

Après y avoir cantonné les 27 et 28 août, elle se porte le 29 dans la région de Cenicourt, Villers-sur-Meuse, Troyon, Ambley. Le 324e cantonne à Ranzières avec une compagnie barricadée dans Vaux-les-Palameix pour interdire les routes de la Croix-­sur-Meuse et de Ranzlères à l'ennemi. Mais celui-ci semble avoir retiré ses masses vers le nord-ouest dans la région d'Etain ; il n'y a plus devant nos lignes qu'un rideau de cavale­rie et le 30 août la division est reportée au sud-ouest de Verdun.

La 3e Armée prononce de nouveau une offensive vers le nord-­ouest, le 3e groupe de Division de réserve (72e, 75e, 54e) a mis­sion d'appuyer le mouvement en arrière et à droite, et dès le 31 août la 54e Division se porte dans la région Esne-Montze­ville.

COMBAT DE CERCOURT 

Le 1er septembre, la 54e Division relève la 40e Division (6e corps) à Béthincourt où l'ordre d'attaquer lui parvient à 14 h 20. En réserve de la 108e Brigade, le 324e se conforme au mouvement en avant de cette dernière avec comme axe de mar­che la route Bethincourt-Cercourt. A 16 h 30 le 5e Batail­lon s'accroche aux flancs de la croupe 281, face au nord ; le 6e s'est avancé par infiltration 500 mètres en arrière et à gauche. Toute la progression s'est faite sous le tir violent de l'artil­lerie ennemie ; mais, exécutée méthodiquement, elle n'a coûté au régiment que des pertes légères.

A 18 heures, l'attaque de Cercourt est en pleine activité, mais les éléments de première ligne fléchissent. Le 5e Bataillon du 324e porté a la crête sous un feu violent se déploie pour les soutenir et va se porter à l'attaque lorsque la chute du jour sur­vient, arrêtant avec les efforts de l'ennemi la progression en avant destinée à rétablir le combat.

La 54e Division de réserve ramenée le 2 septembre dans la région Esne-Montzeville et se conformant au mouvement des 5e et 6e corps d'armée, se retire le 3 dans la zône Blercourt-Nixéville-Souhesmes.

Le 4, la 108e Brigade rattachée à la défense mobile de Verdun passe à la 72e Division de réserve (Général HEYMANN) et gagne Houdainville, Le 6 septembre, la 72e Division quitte ses cantonnements par alerte pour participer à l'attaque d'un corps allemand qui suit la 3e Armée dans son mouvement vers le sud. Le but est de l'acculer à l'Argonne pour le mettre hors de cause. La bataille de la Marne commence.

COMBAT DE VILLE-SUR-COUZANCES

Le 7 septembre, la 72e D.I. formée sur le plateau entre Ram­pon et Nixéville attaque entre Julvecourt et Ville-sur-Couzances, en direction de Brocourt et Clermont-en-Argonne. Le 5e Batail­lon, sous les ordres du Capitaine LACROIX attaque Ville-sur-Cou­zances. Mais il se heurte à une ligne de tranchées que les Allemands ont établies sur les hauteurs de la rive gauche de la Couzances, et se cramponne au terrain. Deux compagnies du 6e Bataillon, envoyées à la cote 311 ne peuvent progresser. Le régiment est soumis à un feu croisé d'artillerie effroyable. Les pertes du 5e Bataillon sont graves. Il est retiré de la ligne de feu à la tombée du jour et reformé en hâte pendant la nuit, lais­sant une de ses compagnies décimées en soutien du groupe d'artillerie qui appuyait l'attaque. Il a plus de la moitié de son effectif par terre : le Capitaine LACROIX et cinq officiers sont grièvement blessés.

COMBAT DE JULVECOURT

L'offensive est reprise le 8. Le 6e Bataillon, sous les ordres du Commandant BLACHON, soutenu par le 5e qui n'a plus que 5 officiers, dont le Capitaine BLANDIN qui le commande, attaque à son tour, en direction de Julvecourt. Il progresse lentement sous un feu formidable d'artillerie qui écrase notre infanterie au passage des crêtes.

Comme le 5e, la veille, il s'accroche désespérément au ter­rain et fait quelques progrès que la nuit arrête.

Quoique l'attaque ne soit pas allée jusqu'à l'assaut, elle a été rudement menée et on sent que l'ennemi, par sa débauche de projectiles a fait tous ses efforts pour lui résister. Aussi, est-ce en toute tranquillité que le 324e prend les A.P. sur place, à la lisière des Bois du Miniel, où il va rester deux jours et deux nuits, tenant constamment les Allemands sous la menace d'une nouvelle attaque.

Un bombardement ennemi des plus violents a lieu dans l'après-­midi du 10 : le régiment est plein d'espoir et attend la contre attaque prévue, de pied ferme. Elle ne se produit pas.

La mission offensive de la division est terminée. Elle va se retrancher sur la ligne de la Couzances afin de couvrir le mou­vement de deux divisions dirigées vers le sud, et le 324e tient Rampon.

Dans la soirée du 13, l'ordre arrive d'attaquer à fond, le len­demain dès l'aube. Mais, le 14 à 4 heures du matin, les éléments de tête tombent dans la cavalerie française. L'ennemi, en pleine retraite devant la 3e Armée, a fait 40 kilomètres dans la nuit. Dans cette même matinée du 14, sous une pluie torrentielle, la 72e D.I. est ramenée à Verdun, où le 324e cantonne au Fau­bourg Pavé.

Les 15 et l6 septembre, la 72e Division couvre le déploiement de l'artillerie lourde de la place vers le nord et la marche en avant du 6e Corps. La 108e Brigade opère dans la zône de Bras, sur les versants de la côte du Poivre, le 324e sur la route de Louvemont, face au nord. Mais le 6e Corps a atteint l'extrême limite qu'il semble possible d'atteindre en face des lignes re­tranchées de l'ennemi ; la 72e D.I. le relève sur ses positions avancées et le 324e prend les avant-postes à Haumont.

Avec un bataillon aux avant-postes, et un au travail sur la ligne de résistance, le régiment tient successivement les posi­tions de Haumont et de Somogneux et contribue à leur aménagement. Au repos à dater du 26 septembre, il organise le saillant nord-est du Bois du Quart en réserve.

COMBAT DE FORGES

Le 4 octobre, le 6e Bataillon coopère à la reprise du village de Forges dont l'ennemi s'est emparé dans la nuit et qui, bom­bardé par le fort de Marre, est réoccupé le matin sans coup férir. Le 6e Bataillon s'établit au bois des Corbeaux et à la côte de l'Oie ; rejoint le lendemain par le 5e, il tient désormais avec lui le secteur du Mort-Homme, Béthincourt, Cumières, côte de l'Oie, Forges. Le 8, une attaque déclanchée par les Allemands sur ce dernier village occupé par le 5e Bataillon échoue, mal­gré un bombardement préalable, devant la ferme résistance de la 18e Compagnie.

Ramené sur la rive droite de la Meuse, le 13 octobre, le régi­ment occupe le front 240, Les Fosses, Bois des Caurières, avec un bataillon aux avant-postes et un à Souville.

Repassant à la 12e Division et formant avec le 164e la 144e Brigade commandée par le Colonel PAGES, le 324e quitte ses po­sitions le 22 octobre avec mission de pénétrer dans le bois de Vavrille et d'atteindre la cote 329. L'opération complétée par l'occupation du bois de Ville était terminée le 25. L'organisa­tion des nouvelles positions commença avec l'aide du Génie, sous la direction du Général BAPST qui commanda la 72e Divi­sion, à dater du 3 novembre.

1915

Du 26 janvier au 25 février, le Commandement du 324e fut exercé par le Chef de Bataillon GOACHET, le Lieutenant-Colo­nel CLEDAT DE LA VIGERIE ayant pris celui de la Brigade qu'il céda ensuite au Colonel NAYRAL DE BOURGON.

Le régiment tint le bois de Ville et la cote 329 jusqu'au 30 mars. A cette date, eut lieu une réorganisation des avant-postes et le 324e, par amalgame avec les 47e et 95e d'infante­rie territoriale, forma une brigade dite « Brigade de marche de la 72e Division d'Infanterie ».

Le Colonel CLEDAT DE LA VIGERIE en prit le commandement. Elle comptait 5 Bataillons mixtes (A, B, C,  D, E) composés chacun d'unités de réserve et de territoriale.

Le front de la brigade de marche comprenait deux sous-sec­teurs placés : celui des Chambrettes (3 bataillons) sous les ordres du Chef de Bataillon MOUTON du 95e Territorial, celui de Beau­mont (2 bataillons) sous les ordres du Chef de Bataillon GOA­CHET du 324e R.I.

A l'exception d'une petite attaque allemande sur le moulin d'Ornes qui, perdu dans la nuit du 26 au 27 avril, fut repris le matin, aucun fait important ne se produisit pendant l'occupa­tion du secteur qui dura dans les conditions qui viennent d'être indiquées jusqu'au 27 juillet.

A cette date, la Brigade de marche fut dissoute et le 324e R.I. avec le 365e R.I. constitua la 107e Brigade qui fut commandée par l'ancien chef du 324e, promu au grade supérieur le 5 mai. Le Colonel CLEDAT DE LA VIGERIE fut remplacé à la tête du régiment par le Lieutenant-Colonel ROLAND, auquel succéda le 21 août le Lieutenant-Colonel BUREAU.

A dater du 27 juillet, le 324e tint le sous-secteur d'Herbebois avec un bataillon aux avant-postes et un à Louvemont. Puis le 6e Bataillon ayant quitté Louvemont le 24 septembre, monta en ligne le 27 à la crête des Eparges où le 5e Bataillon remplacé à Herbebois le releva le 11 octobre.

Le 324e appartint dès lors à la 132e Division formant avec les 303e et 364e Régiments d'Infanterie la 109e Brigade (Général LINDER). 

SECTEUR DES EPARGES

Ce secteur des Eparges mérite une mention particulière. Les noms du « Point X », du « Ravin de la Mort » sont dans toutes les mémoires. La lutte y fut dure toute l'année 1915. La guerre de mines y battait son plein ; des bombardements par obus de tous calibres, bombes et torpilles, bouleversaient les tran­chées, occasionnant aux troupes de garnison des pertes graves et des fatigues considérables. Les deux bataillons alternèrent pour l'occupation de ce terrain bouleversé, transformé par les intempéries en fondrières où les hommes s'enlisaient, jusqu'au 4 décembre, date à laquelle le régiment, repassant à la 107e Brigade, rejoignit la 72e Division au nord de Verdun, où il tint, à partir du 13 décembre, le secteur Béthincourt-Forges.

1916

Le 324e occupait ce secteur lorsque, dans la nuit du 13 au 14 février, il fut relevé et vint cantonner près de Verdun, à Belle­ville. Il en partit le 15, alerté par un ordre du Général CHRÉTIEN, commandant le 30e Corps d' Armée qui, considérant comme possible une attaque ennemie dans la région du Bois des Caures, remettait la 107e Brigade à la disposition du Général BAPST, commandant la 72e Division.

Dirigé sur Bras et sur Charny, le 324e R.I. coopéra avec le génie à la préparation du secteur en vue de l'attaque que l'on attendait. Le 18, les cadres reconnurent le terrain compris entre les routes Vacherauville-Ville et Vacherauville-Samogneux, terrain probable d'engagement de la 107e Brigade.

BATAILLE DE VERDUN

L'attaque allemande sur Verdun se déclancha le 21 février dans les conditions que chacun sait. Le 6e Bataillon, Comman­dant MUZIN, était à Charny ; le 5e Bataillon, Commandant GOA­CHET et l'E.-M. étaient à Bras. A 7 heures du matin, le pre­mier obus tombait dans Bras qui, bientôt, se trouvait soumis à un bombardement formidable. Le Lieutenant-Colonel BUREAU donnait l'ordre d'évacuer le village et rassemblait le 5e Batail­lon, partie dans les péniches du canal de la Meuse, partie à l'écluse de Charny, pendant que, sous l'averse des obus, une demi-compagnie déchargeait à la gare des wagons contenant tout le matériel et le harnachement d'une compagnie de mitrail­leuses qui purent être mis en lieu sûr. A Bras, le Lieutenant OUTARDEL, le Lieutenant COURTEMANCHE, avec un sang-froid admirable, faisaient atteler tous les trains du régiment et les sauvaient, ainsi que tous les chevaux, n'ayant à déplorer que la perte d'une voiture médicale réduite en miettes par un obus de plein fouet.

A 18 heures, le 6e Bataillon était dirigé sur Hautmont, à la disposition du Colonel commandant le 362e. Il y arrivait à 4 heures du matin, le 22, fournissait, dès son arrivée, une contre-attaque heureuse et recevait l'ordre de tenir entre le bois d'Hautmont et le bois des Caures.

A minuit, le 5e Bataillon et l'E.-M. se mettaient en route sur Champneuville où dès son arrivée, à 8 heures, le 22, le 5e Batail­lon était mis à la disposition du Colonel commandant le 351e à Samogneux. L'E.-M. du régiment restait à Champneuville.

Il est difficile de raconter la part prise par ces deux batail­lons à la défense héroïque que fournit la 72e D.I., du 21 au matin jusqu'à l'entrée en ligne du 20e C.A., le 24 à midi. L'écrasante supériorité de l'ennemi en hommes et en artillerie lui permit de s'infiltrer, faisant tomber par encerclement les éléments de ré­sistance. Les actes de dévouement et de bravoure furent innom­brables. Il faut citer la conduite admirable des Commandants GOACHET et MUZIN, blessés tous deux, du Capitaine TOUSSAINT affreusement mutilé, du Capitaine DU COUËDIC, gravement bles­sé, du Lieutenant MASSE qui refusa de se coucher sous la mi­traille pour donner confiance à ses hommes, du Sous-Lieutenant AUJARD qui, fait prisonnier par les Boches, non seulement ramena sa section, mais aussi ceux qui pensaient l'emmener en Allema­gne, du Sous-Lieutenant OLIVIER, de l'Abbé PERRIN, aumônier du régiment qui traversa plusieurs fois le barrage encerclant Samogneux pour aller soigner les blessés.

Enfin le Lieutenant COURTEMANCHE, officier d'approvisionne­ment, sait que les hommes n'ont que deux jours de vivres : il n'hésite pas à charger un bachot sur le canal et, seul dans la nuit, à le conduire jusqu'à l'écluse de Samogneux en pleine four­naise.

Lorsqu'il fut rassemblé dans l'après-midi du 24, aux péni­ches de Bras, le 324e ne comptait plus que 11 officiers et 412 hommes.

Il avait perdu en tués, blessés et disparus, 1 315 sous-officiers et soldats et 22 officiers.

Le 3 mars, le Général commandant le Corps d'Armée, adres­sait à ses Régiments l'ordre suivant :

« Officiers, sous-officiers et soldats du 30e Corps d'Armée :

« Attaqués le 21 février par de grandes forces ennemies et une artillerie formidable, vous avez, jour et nuit, par un froid rigoureux, avec de rudes privations, soutenu l'assaut des mas­ses ennemies, contre-attaqué et défendu pied à pied la terre française avec opiniâtreté. Par votre vaillance et votre esprit de sacrifice, vous avez permis à de grandes forces françaises d'arriver à la rescousse ! Vous avez infligé à l'assaillant de lourdes pertes. Officiers, sous-officiers et soldats du 30e Corps d'Armée, vous avez bien mérité de la Patrie ».

Le même jour, la 72e D.I. était placée sous les ordres du Gé­néral FERRADINI : elle constituait deux brigades au lieu de trois. Le 324e fit partie de la 144e brigade commandée par le Colonel CLEDAT DE LA VIGERIE ; il restait sous les ordres du Lieutenant-Colonel BUREAU : 5e Bataillon, Commandant DU BOUCHER, 6e Bataillon, Commandant BOURGAULT DUCOUDRAY. Après un long repos dans la région de Belfort où il se reconsti­tua, il fut porté en Alsace, en arrière de Danmarie où il organisa une seconde ligne. Au mois de mai, la 72e D.I. se transportait au camp d'Arches, où une période d'instruction remit les régiments au point pour la nouvelle mission qui allait lui être confiée. En sortant du camp d'Arches, elle alla travailler aux défenses de la frontière suisse, et le 14 juin, s'embarquait pour la région d'Amiens où se concentraient les troupes qui devaient prendre part à l'offensive de la Somme.

D'abord 4e Division du 20e Corps, elle coopéra aux prépara­tifs de l'attaque et, du 20 au 30 juin, le 6e Bataillon du 324e travailla aux premières lignes, transportant avec entrain le ma­tériel et les obus, et coopérant à l'établissement des batteries. Affectée le 2 juillet, lendemain de l'attaque, au 1er corps colo­nial, la 72e D.I. suivit pas à pas les progrès de ce corps pen­dant les premiers jours. Le 9, le couvrant à gauche sur la rive gauche de la Somme, elle appuya l'attaque qu'il prononçait sur Barleux, en attaquant elle-même la position Biaches-La Maison­nette, qu'elle emporta brillamment.

COMBAT DE BIACHES

Le 12 juillet, le 324e, jusqu'alors en réserve, reçut l'ordre de porter le 5e Bataillon dans Biaches avec mission de tenir ce village coûte que coûte. L'ennemi qui, depuis les premiers jours de juillet accumulait de l'artillerie lourde sur le Mont Saint-Quentin, déclancha le 15 à 13 h 45, un bombardement infernal uniquement par gros calibres, qui causa de graves pertes à la garnison de Biaches et fit sauter en partie ses dé­pôts de munitions. A 19 h 45, le tir s'allongea et l'ennemi atta­qua en force.

La première ligne que le régiment voisin tenait entre la Mai­sonnette et la Somme ayant fléchi dans la partie nord du Bois Blaise, l'ennemi, s'infiltrant à la fois par la brèche et les bords du canal, attaqua le village par son saillant est et sa lisière sud-est où il put pénétrer. Un combat de rues meurtrier s'en­gagea. A 23 h, la ligne du 5e Bataillon, un moment disloquée, se rétablissait, encerclant le village, et contenant les efforts faits par l'ennemi pour déboucher des lisières et du bois Blaise.

Le 16, à 2 heures du matin, un bataillon du 362e contre-attaquait Biaches par le sud, mais ne pouvait progresser sous les feux croisés de mitrailleuses. Une demi-heure plus tard, le 6e Bataillon du 324e, qui avait reçu l'ordre de contre-attaquer par le nord, se heurtait à un barrage d'artillerie formidable et devait se contenter de relever le 5e Bataillon qui passa en soutien vers 5 heures.

Avec le jour, le combat reprit : mais, par suite du nombre et de l'activité des mitrailleuses ennemies, la progression fut jugée impossible sans préparation d'artillerie. A midi, le 6e Bataillon recevait l'ordre de prendre ses dispositions pour attaquer le vil­lage par le nord, pendant qu'un bataillon du 362e l'attaquerait par le sud, et les canons français commencèrent à marteler le village. Sous le bombardement infernal, le 6e Bataillon parvenait à se rassembler en position d'attaque au nord du village et, à 18 heures, il se ruait en avant.

Au même moment, parvenait au poste du Lieutenant-Colonel BUREAU, l'ordre de retarder la contre-attaque, la préparation étant jugée insuffisante. Le contre-ordre arrivait trop tard : un message du Commandant du 6e Bataillon, daté de 20 heures, ar­rivait en effet à 21 h 40 au P.C. du Lieutenant-Colonel annon­çant que toute la partie du village affectée au 324e était enlevée, à l'exception de l'usine transformée par l'ennemi en veritable nid de mitrailleuses.

Il convient de citer les noms du Capitaine COURTEMANCHE, grièvement blessé et du Lieutenant DE COURSON DE LA VILLE­NEUVE, qui commandaient les deux compagnies d'attaque et entrèrent les premiers dans Biaches, des Sous-Lieutenants AU­JARD, ESTRADE, BRIDARD et BECKER, admirables de bravoure et de décision.

Le 17 au matin, un message arrivait : « Le Commandant de la Division envoie ses très chaudes félicitations au régiment BUREAU dont la conduite a été admirable et en particulier au Bataillon BOURGAULT DUCOUDRAY, dont l'attitude a été remarquable dans la 2e attaque de Biaches ».

En même temps, le commandement de toutes les troupes se trouvant à Biaches, le 6e Bataillon du 324e, Capitaine MAES, un bataillon du 362e, Capitaine STROMPF et 2 compagnies du 164e en réserve passaient aux mains du Commandant BOURGAULT DUCOUDRAY.

Le même jour, une tentative fut faite pour enlever l'usine, mais elle ne fut pas poussée, notre artillerie n'ayant pu ruiner les défenses adverses.

La journée du 18 fut marquée par un redoublement d'inten­sité du bombardement ennemi : les troupes se tinrent prêtes à profiter de l'attaque si elle se produisait, pour contre-attaquer vigoureusement et s'emparer de la partie du village que tenaient encore les Allemands.

Relevé dans la nuit, le 6e Bataillon tint le sous-secteur défen­sif Bois de l'Epée, ferme Sormont, à la droite du 5e qui occu­pait les lignes entre Feuillères et la ferme Sormont. Dans l'en­semble, il n'y eut rien à signaler dans le secteur du 324e jusqu'au 22 juillet, à part quelques salves et tirs de mitrailleuses heureux, exécutés par le 5e Bataillon sur les renforts que l'ennemi, de l'autre côté de la Somme, envoyait à la ferme Monacu attaquée par les troupes du 20e Corps.

Relevée dans la nuit, du 22 au 23 juillet, la 72e D.I. resta en réserve dans la région Méricourt-Morcourt jusqu'au 9 août. Le 13 août, elle prit un secteur et le 324e monta en ligne dans la sous-zône de Bus devant Beuvraignes (Oise).

Il quitta ces positions le 29 novembre pour occuper le 13 décembre le sous-secteur du Pressoire (Somme).

La région du Pressoire, qui venait d'être reprise à l'ennemi, avait été littéralement retournée par notre artillerie lourde. Boyaux et tranchées n'existaient pour ainsi dire plus, la pluie les avait transformés en cloaques de boue et la circulation ne se faisait qu'au prix d'efforts inouïs. Les travaux d'aménagement furent activement poussés, et, grâce à un travail continu, le secteur était habitable lorsque le régiment le quitta le 11 jan­vier 1917.

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Jean-Pierre Vigineix - dans Guerre 1914-1918
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commentaires

Samson 12/11/2013 14:27

J'aimerais savoir à quelle compagnie du 324 Régiment d'Infanterie appartenait mon grand père CHAZERAULT Aristide tué à Spincourt le 24 Août1914? Ou pourrais-je trouver cette information? Merci par avance.

Samson 12/11/2013 14:16

J'aimerais savoir à quelle compagnie du 324 Régiment d'Infanterie appartenait mon grand père CHAZERAULT Aristide décédé à Spincourt le 24 Août1914? Ou pourrais-je trouver cette information? Merci par avance.

uguetta 15/03/2007 23:00

merci pour cet article très intéressant
toutefois,une petite remarque, pourriez vous écrire plus gros ? mes pauvres yeux n'arrivent pas très bien à lire aussi petit...

Jean-Pierre Vigineix 16/03/2007 11:32

Merci pour vos compliments, cet article étant très long a dû être scindé en trois parties.
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